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Instruction morale et civique (4e leçon 1887)

« Que faut-il que les enfants apprennent ? Ce qu’ils doivent faire étant hommes." P.-L. Courier


mardi 1er avril 2008, par Alain Morinais

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Avant-propos : « … Notre livre est divisé en textes et en récits. Le texte donne des préceptes et des notions : la notion est simple et claire ; le précepte, bref et impératif. Il parle comme la loi, et toutes les fois que cela était nécessaire nous avons cité la loi elle-même. Mais à chaque division du texte correspond un récit : le récit est familier, pris dans la vie réelle, afin que l’enfant y reconnaisse des situations et des personnages qui se rencontrent partout…. Nous avons évité de trop dire et d’encombrer ainsi l’intelligence et la mémoire de l’enfant. Le texte et les récits contiennent les notions essentielles… »

Pierre LALOI

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L’école d’Arcueil
L’éducation physique est vue à cette époque, uniquement comme une école d’action morale, l’amour de l’effort et la discipline. La gymnastique rend fort, quand la République prépare les enfants à la guerre.

4e leçon :

IV – Le Patron

L’instituteur est assis à son bureau perché sur l’estrade, face aux élèves de sa classe.

— Ouvrez votre livre d’instruction morale et civique à la page 56... Jean tu commences la lecture du récit intitulé : « Un patron ». Nous t’écoutons Jean :

— « Monsieur Leclaire, ancien ouvrier, devenu contremaître, puis directeur d’une filature fondée par des actionnaires, puis propriétaire d’une filature, est aujourd’hui un des grands manufacturiers du nord de la France. Dès le jour où sa maison fut solidement établie, Monsieur Leclaire s’occupa d’améliorer la condition de ses ouvriers. « Je dois à mes ouvriers que le salaire, se dit-il, mais maintenant que ce salaire me donne la fortune et que cette fortune s’accroît tous les ans, il faut que je leur en consacre une partie. Ce qu’il faut à l’ouvrier avant toutes choses, c’est la garantie contre l’accident, la maladie ; c’est la certitude que la vieillesse ne lui apportera pas la misère. Commençons par là. »

— À toi Pierre…

— « Monsieur Leclaire résolut donc de prélever chaque année sur ses bénéfices une certaine somme, et de la verser dans une caisse qui servirait à payer une pension aux ouvriers, qu’un accident ou bien la vieillesse rendrait invalides. Les ouvriers remercièrent vivement le patron. Ils avaient formé entre eux une société de secours mutuels, où chacun d’eux apportait un franc par mois. Ils proposèrent à Monsieur Leclaire de verser cet argent dans la caisse qu’il venait de fonder. Monsieur Leclaire accepta. Il demanda aux ouvriers d’élire des délégués qui administreraient la caisse sous sa présidence. La maison Leclaire eut donc une caisse, formée à la fois par le patron et par les ouvriers, qui paya les frais de médecin et les médicaments, et de plus, assura les ouvriers contre les accidents et contre la misère toujours à craindre dans la vieillesse. La première fois qu’un accident se produisit, les ouvriers comprirent les bienfaits de cette institution : un malheureux avait eu le bras droit pris dans un engrenage ; il fut soigné aux frais de la maison et reçut une pension viagère de 300 fr. »

— Tu peux poursuivre Armand…

— « Monsieur Leclaire ne tarda pas à s’apercevoir qu’il n’avait pas seulement rendu service à ses ouvriers. Il s’était aussi rendu service à lui-même. Ses ouvriers étaient plus zélés ; ils avaient plus de cœur à la besogne. Ils n’avaient aucune raison pour le quitter, puisqu’ils trouvaient chez lui aussi bon salaire que partout ailleurs, et, de plus, les grands avantages que vous venez de voir. Ils savaient que la somme fournie par Monsieur Leclaire était prise sur les bénéfices, tant pour cent chaque année. Ils avaient donc intérêt à augmenter ces bénéfices en travaillant davantage. »

— Raymond, tu dors…

— … non m’sieur…

— Alors, à toi…

— « Dans la filature de Monsieur Leclaire, les ouvriers ont un salaire fixe par jour pour une certaine quantité de besogne ; mais s’ils en font davantage, le surplus leur est payé largement. Il y a donc une prime pour les plus laborieux. Ceux-ci augmentent leurs salaires notablement, et le patron accroît encore ses bénéfices. En effet, plus ses ouvriers travaillent, plus il gagne. Aussi a-t-il coutume de dire : « On se trompe quand on croit que le meilleur moyen de s’enrichir est de payer ses ouvriers le moins possible. La vérité, c’est qu’il faut obtenir d’eux le plus de travail possible en les payant aussi cher qu’on le peut. »

— N’est-ce pas Jacques !… à toi…

— « Monsieur Leclaire ne manque pas de s’instruire de tout ce qui se fait dans le monde entier pour améliorer le sort des ouvriers. Le succès de ses premières tentatives l’encourage à faire mieux chaque année ; tantôt il invente, tantôt il imite les exemples donnés par des industriels dont le cœur est aussi généreux que le sien. »

— Casimir… au lieu de rêvasser…nous t’écoutons…

— Euh !…

— « Voyons, se dit-il… » tu as perdu le fil Casimir. Nous sommes dans la filature de Monsieur Leclaire, pas dans le champ du père Mathieu…

— « Voyons, se dit-il, comment se fait-il que moi, qui suis vieux, et qui ai tant travaillé dans ma vie, je travaille encore aujourd’hui ? C’est parce que je vois mon travail récompensé. Mon ami Robert est employé au Ministère des finances à Paris. Il a quatre mille francs par an ; de loin en loin une petite augmentation. C’est réglé comme du papier à musique. Aussi mon ami Robert arrive tranquillement à son bureau à onze heures ; il en ressort non moins tranquillement à quatre heures juste. Dès que quatre heures sonnent il retire ses manchettes et sa calotte, et il pose sa plume, laissant au besoin sa phrase inachevée. »

— Un peu comme toi Casimir… François, à toi…

— « Pourtant mon ami Robert n’était pas moins actif que moi autrefois. S’il s’est endormi, c’est qu’il n’est pas, comme moi, stimulé tous les jours par le profit de son travail. Dans le cœur de l’ouvrier, comme dans le mien, il y a un stimulant tout prêt : plus il verra son travail lui profiter, plus il travaillera. »

— Jules…

— « Monsieur Leclaire a tant fait pour ses ouvriers, qu’on peut dire qu’ils sont ses associés autant que ses ouvriers. Un certain nombre d’entre eux, les plus anciens et les meilleurs, reçoivent chaque année un dividende sur les bénéfices. Ils ne réclament pas une part égale à celle de leur patron. Ils savent que celui-ci a fondé la maison, qu’il a construit les bâtiments, acheté les machines et qu’il les entretiens. N’est-ce pas Monsieur Leclaire encore qui dirige leur travail ? Il est donc juste qu’il prélève l’intérêt de son capital et qu’il se fasse payer sa direction, son habileté, son expérience. D’ailleurs, le patron court à lui seul de plus gros risques que tous les ouvriers ensemble, et, en toutes choses, celui qui court le plus de risques doit être le mieux récompensé. »

— Si Joseph veut bien nous lire la suite au lieu de gober les mouches…

— « Monsieur Leclaire trouve chaque année quelques combinaisons nouvelles. Quand la récolte a été mauvaise, il achète des grains en grande quantité. Il les fait moudre ; il prend des boulangers à son service, et ses ouvriers ont le pain à meilleur marché que les gens de la ville. Une grande épicerie, gérée par un employé, fournit à bon compte les ménages des ouvriers. Il y a longtemps que l’usine a ses écoles : école de filles, école de garçons. En même temps qu’ils s’y instruisent, les enfants apprennent un métier, dès qu’ils peuvent le faire. Le jour de la distribution des prix est une grande fête pour toute l’usine. C’est Monsieur Leclaire qui fait cadeau des prix. C’est lui qui les distribue. Il a formé parmi ses ouvriers une fanfare, qui, ce jour-là, joue ses meilleurs morceaux. Le soir, on danse dans la cour de l’usine, où l’on a jeté du sable, et dont les murs sont tapissés de branches d’arbres et de couronnes de fleurs. »

— Aller Ferdinand, à toi de conclure…

— « Ce que Monsieur Leclaire fait, tout le monde ne peut pas le faire. Mais tous les patrons doivent s’intéresser à leurs ouvriers qui sont leurs collaborateurs. La fortune d’un patron que ses ouvriers ne voient jamais et qui n’est occupé que de son argent, excite des murmures. La fortune d’un patron qui pense à l’ouvrier, le récompense selon ses mérites, le visite quand il est malade et le console quand il est affligé, n’attire que des sympathies. »

— Voilà un texte qui mérite d’être lu à nouveau, attentivement, à la maison. Vous vous servirez de ce récit pour faire une rédaction en choisissant un exemple pris dans votre entourage. Ça ne devrait pas être trop compliqué, n’est-ce pas ?… À présent, passons à la leçon de grammaire…

Récit intégral : Le Patron, première année d’instruction morale et civique , par Pierre LALOI, DIX-SEPTIÈME ÉDITION, PARIS, LIBRAIRIE CLASSIQUE ARMAND COLIN ET Cie, CERTIFICAT D’ÉTUDES PRIMAIRES (1887). Utilisé comme support de cette leçon imaginaire. Ouvrage compris dans la liste annexée à la Circulaire ministérielle du 17 novembre 1883 et inscrit parmi les ouvrages fournis gratuitement par la Ville de PARIS, à ses écoles communales.

Révision des leçons précédentes :

-* 3è leçon : - Devoirs envers l’instituteur

-* 2è leçon : - L’école

-* 1re leçon : - La Famille

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11 Messages

  • Instruction morale et civique (4è leçon 1887) 2 avril 2008 18:42, par Sébastien MORINAIS

    J’espère que ce Monsieur Leclaire s’est vu remettre la Légion d’Honneur en son temps... Attention, ne pas confondre avec « notre » Michel .E. Leclerc du XXIe Siecle à qui l’on devrait décerner la palme de la démagogie.

    Cette 4e leçon de 1887 est-ce « moderne » ? Un poisson d’avril ?

    Répondre à ce message

    • La 4e leçon, bien que publiée le 1er avril, est une démonstration de ce que l’Histoire peut-être riche d’enseignement pour mieux comprendre le présent.
      Cette leçon disait aussi (page 57) : « 163- Si vous devenez patrons, dirigez vous-mêmes vos affaires et dirigez-les bien… 166- Vous ferez tous vos efforts pour accroître ce bénéfice ; mais vous ne chercherez pas à l’accroître aux dépens du public, en le trompant, car le public ne se laisse pas longtemps tromper. 167- Vous ne chercherez pas non plus à l’accroître aux dépens de vos ouvriers ou de vos employés, en les payant d’une manière insuffisante, car un mauvais patron ne peut avoir de bons employés. 168- Plus votre fortune croîtra, plus vos devoirs envers vos employés croîtront… »

      Alain MORINAIS

      Répondre à ce message

  • Instruction morale et civique (4è leçon 1887) 12 avril 2008 18:52, par Annick de l’Oise

    Je suis née en 1939 et j’ai été élevée par ma grand’mère née en 1886, avec les mêmes principes d’éducation et de respect. Je trouvais cela tout à fait normal et quand je vois ce que ce manque de repères a engendré ... ça m’attriste. Je me suis récemment plongée dans la lecture du livre « Le Tour de France par 2 enfants » j’ai rajeuni de plus de 60 ans ! On devrait faire lire ça aux enfants ils verraient comment on vivait autrefois ça leur donnerait, qui sait, de saines pensées ! Merci pour ces 4 articles et il y en aura peut-être d’autres ? Annick de l’Oise.

    Répondre à ce message

    • Bonsoir Madame,

      Merci de votre message.

      Votre grand-mère fut votre exemple. Les pensées des enfants ont plus de chances d’être saines quand celles des adultes le sont ? La pédagogie de l’exemple est d’autant plus forte que l’exemple vient de haut !

      Cordialement.

      Alain MORINAIS

      Répondre à ce message

  • Instruction morale et civique (4e leçon 1887) 28 juin 2008 10:54, par morphy1949

    bonjour,
    je veux réagir au propos de m. morais/je ne sais même pas si on peut impliquer une personne nommément comme il le fait pour m. m.e. leclerc/ce n’est pas le même contexte/ il me semble que cette famille est plutôt philanthrope/chaque individu est responsable de sa vie/ ensemble nous avons une responsabilité des choix de société que nous acceptons par bêtise et ou par lâcheté ( les oligarques, le toujours plus de profit pour un petit nombre, les guerres injustes, la spéculation sur les denrées alimentaires, la précarité)/ c’est trop facile d’incriminer d’autres plutôt que de se remettre en cause soi. sinon j’aime beaucoup ce site, je vais m’en inspirer pour parler à ma fille de 4 mois. christian griffard

    Répondre à ce message

    • Bonjour Monsieur,

      Vous avez raison, la leçon ne vaut que lorsqu’elle se comprend d’abord pour soi-même. C’est bien ainsi qu’elle prend toute sa valeur, tant pour « l’apprenant » que pour le donneur de leçon.
      Elle permet aussi, compte tenu du changement de contexte, de mieux mesurer, parfois, les manipulations possibles lorsque l’hypocrisie « s’invite » dans les programmes éducatifs.
      Cordialement.

      Alain MORINAIS

      Répondre à ce message

  • Instruction morale et civique (4e leçon 1887) 28 juillet 2008 13:23, par Jean Michel Pietropaoli - Président de l’Association Humanitaire Dogon et (...)

    Bonjour.
    Actuellement en Afrique depuis et pour encore quelques années, je suis entre autre en train de préparer un livre d’éducation civique et morale adapté à cet environnement. L’éducation morale se transmettait par voie orale par les griots et conteurs, tradition qui disparait peu à peu. De fait le manque se fait sentir et un moyen de substitution semble nécessaire aujourd’hui. Mon projet vise à transcrire l’ancien procédé et l’adapter au milieu scolaire de base. C’est ainsi que je suis parvenu sur votre site, à la recherche d’éléments qui pourraient m’aider à structurer mon projet.
    Ainsi je suis à la recherche de différentes méthodes appliqueés à cette instruction et vous serez gré de toutes informations de votre part...

    Répondre à ce message

    • Instruction morale et civique (4e leçon 1887) 30 août 2008 12:16, par Alain Morinais

      Bonjour Monsieur,

      Les différentes « leçons », présentées ici, exposent et illustrent la méthode ("le mode d’emploi") préconisée dans cette 17è édition, datée de 1887, de l’ouvrage de Pierre Laloi destiné à la première année d’instruction morale et civique pour répondre à la loi du 28 mars 1882 sur l’enseignement primaire obligatoire en France. Les textes démonstratifs y jouent un rôle essentiel, tout comme les récits des griots et des conteurs devaient illustrer ce qu’il y a toujours nécessité de transmettre et donc sans doute de transcrire aujourd’hui.

      Cordialement.

      Alain Morinais

      Répondre à ce message

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