Hôpital complémentaire n° 14 bis en 1917

- Bourville Hôpital Hospice Labarde

- Au verso de la carte
Cette carte ; achetée sur Internet fin décembre 2019 ; n’a jamais été postée (aucune marque d’une oblitération postale), pas de traces de timbre. Elle est datée de 1917 et une vingtaine de poilus sont pris en photo devant l’hôpital.
Le texte de la carte postale
Sa destinataire est Alfrédine GERARD Boulevard de la Gare à Ligny en Barrois (Meuse).
Bourville le … 1917
Cher Alfrédine
Je viens te remercier de tes bons souhaits de St Jules. J’ai reçu seulement le 28… avec toutes mes lettres
En même temps je te dirai que je suis évacué près de Dieppe
Pour mes rhumatismes je ne souffre pas trop. C’est le principal. Je pense que Joseph est en bonne santé.
Embrasse le pour moi sur ta prochaine lettre
J’espère avoir une perme à ma guérison. En attendant le bonheur de te voir, je t’embrasse de tout cœur ainsi que ton frère (un mot illisible ?) Jules VILLERS
6e génie Hôpital complémentaire HC 14 bis Fontaine le Dun
La fête de la Saint Jules est le 12 avril. Qui est Joseph ? probablement le mari d’Alfrédine !
La carte est signée Jules VILLERS.
Mais qui est Jules VILLERS ? Est il un frère, un cousin d’ Alfrédine GERARD ?
En tous cas, c’est un Poilu, né entre 1880 et 1916, ou peut être plus âgé car il a des rhumatismes !
L’hôpital complémentaire HC 14 bis
L’hôpital -hospice LABARDE (en réalité LABARBE) est situé dans le Pays de Caux ( à l’époque en Seine Inférieure) dans le hameau de Tonneville commune de Bourville. La fusion des deux communes a eu lieu le 21 août 1827.
Le château de Tonneville est construit au XIIIe siècle par Ch. L. Maignart de Bernière et achevé vers 1750 par Ch Du Moucel conseiller au parlement de Rouen.
Alfred Benjamin LABARBE, son dernier propriétaire, meurt le 9 juin 1883 à Bourville et sa veuve lègue le château au département de la Seine Inférieure à sa mort en janvier 1898. Le testament indique que le département doit installer un hospice dans le château et à partir de 1902 l’hospice accueille des personnes âgées [1].
Pendant la 1e guerre mondiale des hôpitaux complémentaires ont été créés pour soigner les poilus et leur permettre de se reposer avant un éventuel retour au front.
A partir d’octobre 1914, l’hospice est utilisé comme hôpital complémentaire : HC 14 bis de Fontaine le Dun chef lieu du canton à 3 km pouvant accueillir 95 lits [2].
Après les deux guerres mondiales, le château est resté un hospice géré par des religieuses, lequel a fermé à la fin des années 70.
| Ayant passé une partie de mon enfance dans ce village, je connais très bien les alentours de cet hôpital. Un dénommé André RAIMBOURG à l’âge de 10 ans a bien décrit son hameau : « Mon hameau est si petit Que la commune l’oublie Entre deux fossés énormes [3] Portant des chênes, des ormes Un seul chemin étroit y est creusé Où deux voitures ne peuvent se croiser » André RAIMBOURG dit Bourvil (1917-1970) a habité à Tonneville après le remariage de sa mère en 1924 [4]. |
Alfrédine GERARD
Les recensements de Ligny en Barrois en 1926 et 1936 confirment qu’ Alfrédine habite bien Boulevard de la Gare avec son mari Joseph Auguste GERARD magasinier chez Joly [5]. Ils se sont mariés le 17 février 1912 à Ligny en Barrois.
Alfrédine est née VILLER (sans S) Marie Célina Alfrédine le 27 novembre 1889 à Nançois le Petit ( Meuse ) [6]. Elle est la fille de Joseph Gustave VILLER, employé aux chemins de fer de l’Est, et de Céline Mathilde PARIS, couturière.
Marie Célina Alfrédine VILLER domiciliée à Ligny en Barrois 49 rue Raymond Poincaré est décédée le 12 juillet 1972 à Nancy 29 avenue De Lattre de Tassigny [7]
Petite généalogie familiale des VILLER
Les parents d’Alfrédine, Joseph Gustave VILLER et Céline Mathilde PARIS, se sont mariés le 19 janvier 1889 à Nançois le Petit, Claude Alfred VILLER épicier à Paris et frère de l’époux est témoin [8].
Céline Mathilde PARIS est née à Nançois le Petit le 29 janvier 1862 et décédée à Ligny en Barrois le 26 avril 1951 [9]
Joseph Gustave VILLER, né le 1e novembre 1887 à Nançois le Petit, est le fils de Jean Rémy VILLER vigneron et de Marie Anne JOLY. Il est décédé vers le 23 septembre 1933 à Ligny en Barrois [10].
Jean Rémy VILLER et Marie Anne JOLY ont eu trois enfants :
1/ Claude Alfred VILLER né le 14 mai 1854 à Nançois le Petit, il s’unit le 1e juillet 1882 à Marquivilliers (Somme) avec Marie Augustine Blanche BAUDOUX.
Claude Alfred est décédé à Nançois le Petit le 27 août 1895. Claude Alfred est témoin aux mariages de son frère et de sa sœur en 1889 et 1890.
2/ Joseph Gustave VILLER.
3/ Marie Séraphine Sidonie VILLER née le 13 octobre 1865 à Nançois le Petit. Elle s’unit le 11 février 1890 à Nançois le Petit avec Marie Joseph Hyppolite Gabriel FELON né en 1862. Claude Alfred et Joseph Gustave, ses frères, sont témoins.
Jean Rémy VILLER, le grand–père d’Alfrédine, s’était déjà marié le 21 février 1843 à Willeroncourt (Meuse) avec Anne GEOFFROY décédée le 25 octobre 1852 à Nançois le Petit.
Jean Rémy VILLER et Anne GEOFFROY ont eu un enfant : Jean François Jules VILLER né en janvier 1848 à Nançois le Petit et décédé en mai 1848 à Nançois le Petit.
Les archives numérisées de la Meuse pour Ligny et Nançois le Petit s’arrêtent en 1902, aussi il est impossible d’en savoir plus.
Je n’ai pas trouvé des frères ou sœurs pour Alfrédine. Céline Mathilde PARIS (la mère d’Alfrédine ) n’a pas eu d’enfants nés avant son mariage.
En 1889 : pas de traces d’enfants VILLER nés à Ligny en Barrois, Nançois le Petit et Nançois le Grand .
Claude Alfred VILLER a-t-il eu des enfants ? pas de traces dans la Meuse, mais il était épicier à Paris, et domicilié rue d’Enghien dans le 10e, pas de traces d’enfants entre 1882 et 1895 !
Joseph Gustave GERARD, le mari d’Alfrédine
Joseph Gustave GERARD a été rappelé à l’activité en août 1914 au 54e RI puis au 124e RI le 2 octobre 1915, au 31e RAC le 31 octobre 1916, au 115e régiment artillerie lourde, au 2e régiment d’artillerie coloniale, au 3e artillerie coloniale, au 1e régiment d’artillerie coloniale, au 20e escadron du train le 21 janvier 1919.
Joseph Gustave GERARD a été démobilisé le 2 avril 1919 et se retire à Ligny en Barrois, 15 avenue de la gare.
Joseph Gustave a fait de nombreux séjours à l’hôpital : dépôt des éclopés de Chalons sur Marne, Ussel, Verdun , Toulon, Hyères,
Proposé réformé n° 1 pension 40% pour limitation capacité respiratoire poumon droit à la suite des plaies des deux poumons [11].
Pierre Gustave, Pupille de la Nation
Joseph Gustave GERARD et Alfrédine VILLER ont un enfant : Pierre Gustave GERARD né le 24 mars 1920 et décédé le 6 novembre 2010 à Jarville-la-Malgrange [12].
Grâce à une mention marginale sur son acte de naissance, je sais que Pierre Gustave GERARD a été adopté par la Nation par le jugement rendu par le Tribunal Civil de Bar-Le-Duc le 26 juillet 1932.
Pourquoi a-t-il été adopté par la Nation ? Son père Joseph Auguste a été blessé en 1919 au thorax, hospitalisé à Verdun, à Toulon, à Hyères et il est décédé en 1960 ! sa mère Alfrédine est décédée en 1972 [13] !
Par l’intermédiaire de Ghyslaine SCHWEIZER du fil d’Ariane, j’ai obtenu copie du dossier individuel d’adoption de Pierre GERARD [14].
| En France, la qualité de pupille de la Nation est attribuée par l’État aux enfants de moins de vingt-et-un ans dont un des parents a été blessé ou tué lors d’une guerre. Cette qualité de pupille de la Nation a été instaurée par la loi du 27 juillet 1917. L’adoption par la Nation vaut versement d’une pension, souvent le jugement intervient tard par rapport à la fin du conflit. Le Traité de Versailles signé le 28 juin 1919 a eu un impact significatif sur les enfants nés avant la fin des opérations de guerre ou dans les 300 jours suivant leur cessation. Ces enfants, qui étaient considérés comme victimes de guerre, ont été adoptés par la Nation et ont droit à des aides financières. Le jugement déclaratif de décès ou la déclaration judiciaire de décès a été mis en œuvre pour les personnes décédées dans des circonstances de nature à mettre leur vie en danger, ou pour celles dont le corps n’a pu être retrouvé. Ces procédures ont été mises en place pour garantir le bienêtre des enfants et des familles touchés par la guerre. |
Pierre Gustave est né le 24 mars 1920, soit 268 jours après le 28 juin 1919 date de la signature du Traité de Versailles, et de la cessation de la guerre. La règle des 300 jours est respectée.
Ses parents n’ont sûrement pas été informés, car la demande date de 1932, ou bien le père a peut-être eu des difficultés à faire valoir ses droits.
En réalité, c’est le procureur de la République de la Meuse qui a fait la requête au Tribunal de Bar le Duc au vu des deux lois de 1917.
Le jugement précise que son père Joseph Gustave GERARD "est bénéficiaire d’une pension militaire de retraite au titre de la loi du 31 mars 1919 pour blessures ou infirmités avec jouissance du 3 novembre 1919 ; qu’il se trouve ainsi à raison de blessures reçues ou de maladies contractées ou aggravées du fait de la guerre, dans l’incapacité de pourvoir intégralement à ses obligations et charges de chef de famille et qu’il y a lieu de faire droit à sa demande"

- Demande de subvention d’études
Pierre Gustave GERARD entre en 1932 en classe préparatoire au cours complémentaire à Ligny en Barrois, aussi ses parents ont présenté une demande de subvention pour la gratuité des livres et de fournitures scolaires : fiche de renseignement, composition de la famille, ressources personnelles des parents, charges, loyer, ressources personnelles du pupille, pension militaire de 90 francs et le certificat d’imposition de la famille. Cette demande a été acceptée par la section cantonale composée du maire, de l’instituteur, de Mr le curé, Mr Latour, Mr MERCOM et le président Druaux.
Pierre Gustave GERARD se marie le six août 1946 à Ligny en Barrois avec Gisèle PIQUANT (1923 – 2013). Pierre Gustave est décédé le 6 novembre 2010 à Jarville-la-Malgrange
Les archives numérisées de la Meuse pour Ligny et Nançois le Petit s’arrêtent en 1902, aussi il est impossible d’en savoir plus…
A la recherche du Poilu Jules Villers
- Alfrédine VILLER a-t-elle des frères et sœurs ?
- Céline Mathilde PARIS (la mère d’Alfrédine) n’a pas eu d’enfants nés avant son mariage en 1889 : pas de traces à Ligny en Barrois, Nançois le Petit et Nançois le Grand.
- Claude Alfred VILLER, le frère d’Alfrédine, a-t-il eu des enfants ? Pas de traces dans la Meuse, mais il était épicier à Paris, et domicilié rue d’Enghien dans le 10e : pas de traces d’enfants entre 1882 et 1895 !
Les recherches dans les registres matricules indiquent trois possibilités :
- Jules VILLER né le 23 décembre 1889 à Ligny en Barrois, fils de Florentin et de Augustine MAHAUT, il est directeur d’usine, une fabrique de meubles. Matricule classe 1909 n° 1329 page 729 / 1008.
Caporal en décembre 1917, fait partie du Service de Santé, aucune indication de blessures et de séjour à l’hôpital. Personne à écarter. - Pierre Jules VILLER né le 5 décembre 1897 à Ligny en Barrois, fils de feu Emile Victor VILLER et de THUPPENOT Marie. Matricule classe 1917 n° 357 page 504 – 505 / 765.
Engagé volontaire le 7 décembre 1916 pour 4 ans à Bar le Duc. Aux armées du 1e juin 1917 au 23 octobre 1919, aucune indication de blessures et de séjour à l’hôpital. Personne à écarter. - Jules Léonide VILLER né le 16 juillet 1874 à Nançois le Petit, fils de François Marcel et de THIRIOT Marie Anne Stéphanie. Classe 1894 n° 406 page 491 – 603, il a été rappelé en 1914.
Le 17 décembre 1917, il a été rappelé au 3e régiment du Génie et en décembre 1918, il a été démobilisé au dépôt du Génie 6e région !. Le registre matricule n’indique pas de séjour en hôpital.
| Sur sa carte en bas à gauche Jules VILLERS a écrit "6e génie" ! S’agirait -il de Jules Léonide VILLER ? |

- Signature et adresse de Jules Villers
Pour ces trois Poilus : Jules, Pierre Jules et Jules Léonide VILLER ; je n’ai trouvé aucun lien familial, sur 4 générations, avec Alfrédine VILLER.
Ne pouvant consulter les archives d’Etat Civil de la Meuse après 1902, j’aimerais savoir :
- Alfrédine a t’ elle eu des frères ? des cousins ?
- Alfrédine et Joseph Auguste ont ils eu d’autres enfants ?
- Claude Alfred VILLER a-t-il eu des enfants ?
- Y a t-il un lien de parenté entre Alfrédine VILLER et Emile Victor VILLER ? Florentin VILLER ? François Marcel VILLER ?
- Et je n’ai toujours pas la réponse : qui était Jules VILLER ou VILLERS qui a écrit cette carte en 1917 !
En guise de conclusion

- Séquence nostalgie !












Qui était Jules Villers ?