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Anne Dartige, ou l’histoire d’une vie qui n’en est pas une (1er épisode)


jeudi 26 avril 2018, par Sandrine Faichaud

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C’est en faisant des recherches généalogiques que nous avons décou­vert, ma sœur et moi, l’existence d’une arrière arrière arrière grand­-mère paternelle nommée Anne Dartige née en 1806. Les archives municipales de Lyon ont numérisé un nombre incalculable de re­gistres d’états civils, dont ceux de l’Hospice de la Charité où Anne a été abandonnée. Les personnes en charge des enfants « exposés » ou abandonnés, ont fait un remarquable travail de suivi de chacun d’eux, en notant les étapes importantes de leur vie, les placements, les soins, la santé, la vêture...

A sa majorité, Anne ne dépendait plus de l’hospice de la Charité, mais j’ai retrouvé sa trace grâce aux recensements de la ville de Lyon, là en­core consciencieusement rédigés. Des journaux ont parlé d’elle, ainsi que d’autres archives que le lecteur découvrira au fil des pages de mon récit.

C’est à partir de ces notes authentiques que j’ai pu retracer exacte­ment sa vie, et son effroyable parcours mérite vraiment d’être connu, écrit, car il est un exemple flagrant de résilience. Elle a survécu à l’abandon de ses parents, a de nombreux placements durant toute son enfance, à la maladie et à l’ingratitude du travail qu’on réservait aux petites gens du bas de l’échelle sociale, à la rue, à la misère qui pousse à entreprendre le pire pour survivre.

Bien sûr, pour que ce récit soit cohérent, j’ai imaginé le déroulement des scènes et certains détails, mais la trame de sa vie a été restituée uniquement par ce qui a été trouvé grâce aux archives. Les lieux, les dates et les évènements ont été scrupuleusement respectés.

Anne Dartige était animée d’une force incroyable et c’est grâce à cette lutte pour la vie que j’existe aujourd’hui ainsi que mon frère et ma sœur et toute ma famille du côté paternel.

Je ne l’ai pas connu bien sûr, mais grâce à toutes ces recherches, c’est tout comme et je me sens très attachée à elle. Elle a grandi sans famille, mais avec mes frère et sœur, nous la lui restituons grâce à l’intérêt que nous portons à son parcours et à sa vie.

Je suis certaine qu’elle a transmis dans nos gènes ce désir de vivre, de lutter, d’endurer et de surtout de ne jamais baisser les bras devant les épreuves de la vie.

Pour Anne donc, respect.

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Aux archives départementales de Montpellier en 2016 pour consulter les archives.

Lyon, le quatre mars 1807, vingt heures

La Clochette

Dreling Dreling ! Ce bruit étrange me réveilla, il m’était inconnu. Ce dont je me souviens, c’est que ma mère m’avait habillée chaudement et nous sommes sorties. Elle marchait d’un pas rapide et la nuit était tombée. Cette sortie était inhabituelle et j’entendais le cœur de ma mère battre fort dans sa poitrine et le bruit de ses pas résonnait sur le pavé des rues. Je me suis en­dormie au chaud dans ses bras, bercée par le mouvement de sa marche. J’avais huit mois. Elle m’appelait Nanette et je l’aimais.

Pourtant, je ne l’ai plus jamais revue. Lorsque ce bruit de clochette me réveil­la, j’étais seule et tout était froid et noir autour de moi. Ma mère avait saisi la chaînette de la cloche pour signaler ma présence et s’en était allée. Je pleu­rais depuis peu lorsque la sœur tourière (celle qui est en charge de surveiller le tour) m’a retirée de ce Tour d’abandon installé dans le mur de l’hôpital de la Charité.

Ma mère avait écrit un mot qu’elle avait glissé dans mes vêtements :

« Anne Dartige, âgée de huit mois. Elle a été baptisée le 25 juin 1806.
Je vous prie de prendre soin de cette enfant, c’est la grande misère qui nous oblige de la mettre à la Charité ; au premier moment nous la retire­rons. Elle est sevrée. »

La sœur, après l’avoir lu, m’apporta à la pouponnière où je rejoignis mes amis d’infortune.
Le lendemain, elle écrivit ces mots sur le grand registre de réception des en­fants abandonnés :

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1807 Reception Anne Dartige La Charité
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Ci-dessus, l’extrait du registre où l’abandon d’Anne Dartige est mentionné. Chaque jour des enfants arrivaient, repartaient, mourraient… des détails étaient mentionnés et un suivi rigou­reux des enfants y était tracé. Archives municipales de Lyon - Registres d’état-civil, année 1807, vue 54, 2E130.
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Un des principaux documents (recopié ci-dessous) provenant de l’Hospice de la Charité retraçant le suivi d’Anne à chaque différent placement, de l’année 1806 jusqu’à son premier emploi en 1824. Il constitue la trame d’une partie de son récit.

Registre de placement (copie)

Anne Dartige, fille, née le 9 juin 1806. Remise à Joseph Falquet et Phili­berthe Martinoi à Sothonod de Songieux, arrondissement de Bellay, dépar­tement de l’Ain, le 7 mars 1807 (3 jours après son abandon) à 12 heures, à la 8e De l ? Bornarel Le 22 bre( ?) 1812 de Brunet.

  • Rendue le 22 avril 1817 (elle avait 11 ans).
  • Remise à Jean Thibaud Granger de Mr Aubert à St Genis Laval (Rhône) le 6 mars 1818 (n°2263) (12 ans)
  • Rendue le 17 du dit mois ayant la gale.
  • Remise à la veuve de François Tarpin de St Ambert (Bellay, Ain) le 31 mars 1818 (n°2897) à Joseph Vacher du dit lieu.
  • Revenue seule le 8 août 1820 (14 ans)
  • Remise à Françoise Lepin, veuve, Chavany de Tarare (Rhône) le 4 sep­tembre 1820 (n° 13753) Chez Jacques Lambert tisseur, aussi à Tarare.
  • Ramenée le 10 mai 1821 (15 ans)
  • Remise le 29 du dit mois à M Bréchignac de Dunière, (Yssingeaux, haute Loire)
  • Evadée en Mai 1822 (16 ans), s’est réfugiée dans une fabrique de Bourg Argental (Loire)
  • Est venue se placer en Février 1823 chez Mr Daudac, tenant un dévidage de soie, à Roche Cardon (St Didier au Mont d’or).
  • Evadée en mars 1823 (17 ans)
  • Placée en Avril 1824 (18 ans) chez les Delles Marie, dévideuses, rue Puits -Gaillot Lyon, n°1 au 4e.

On décrivit même tous les vêtements que je portais le jour où j’ai été exposée :

« Une coiffe d’indienne lilas, un mouchoir d’indienne brun, un corset de laine rouge, un lange gris. Le tout suivant l’acte d’inscription passé au bu­reau de l’état civil de la mairie de cette ville où elle a été nommée, ainsi qu’au baptême qu’elle a reçu dans cet hôpital : Anne Dartige.

A cette époque de grande misère, La Charité était symbole de soins, de nourri­ture de qualité, de bonne santé… Aussi les enfants des pauvres y étaient con­fiés plus qu’abandonnés. Mes parents voulaient me reprendre, au premier mo­ment. Ils n’ont pas pu… Je ne sais pourquoi. Ce qui est incroyable, c’est qu’ils aient fait connaître mes nom et prénom… Pour beaucoup d’enfants ce n’était pas le cas et on les nommait au hasard.

Je suis restée quatre jours à la Charité. J’étais bien nourrie et on m’a donné des vêtements propres. Je dormais dans un berceau en osier. Ces derniers étaient tous alignés dans une grande chambre. Des sœurs s’occupaient de nous. Comme on était nombreux ! Tous les jours des enfants arrivaient et d’autres partaient. En effet les enfants relativement en bonne santé étaient placés. C’est ainsi que je suis partie moi aussi. J’espérais que l’on me ramène chez mes parents, mais cela n’arriva jamais. Ma mère me manquait tellement.

A la page du registre de placement qui portait mon nom, on a indiqué où l’on m’amenait et chez qui :

« Anne Dartige, fille née le neuf juin 1806. Remise à Joseph Falquet et Phili­berthe Martinoi à Sothonod de Songieux, arrondissement de Bellay, département de l’Ain, le sept mars 1807 ».

Suit un extrait du livre : « Les Hospices civils de Lyon » d’Alain Bouchet.

« Les bébés étaient des enfants abandonnés que leurs parents avaient « exposés » dans le « tour ». On en comptait, bon an mal an, en­viron 1500 par an, ce qui grevait lourdement le budget de l’hôpital, parce qu’il fallait non seulement les soigner, mais aussi les confier à des nourrices, puis les élever, les instruire, avant de les placer dans les environs de Lyon, où des « frères-visiteurs » étaient chargés de les surveiller, et subvenir en partie aux be­soins élémentaires, jusqu’à ce qu’ils soient en âge de travailler. »

Premier placement : l’Ain

J’ai donc effectué un long voyage en diligence de Lyon à Sothonod dans l’Ain avec un homme à qui l’on m’avait confiée. Nous avons parcouru 25 lieues (100 km) et nous sommes arrivés dans la famille de Joseph Falquet dit Jojo, où j’étais placée en nourrice. Cet homme et sa femme avaient des enfants, mais nous étions plusieurs à venir de la Charité. Certains n’avaient pas une bonne santé et mourraient en bas âge. Je n’étais pas vraiment heureuse, je traînais dans la saleté avec les autres petits et on était toujours en quête de lait et d’attention auprès de ces grandes per­sonnes qui s’affairaient au travail de la ferme. Bien sûr, la Maman nous nourrissait, les uns après les autres. Mais on aurait tous voulu tellement plus d’exclusivité et de moments avec elle.

Dès que je fus en âge de le faire, j’ai commencé moi aussi à travailler à la ferme sans recevoir d’amour, comme me l’aurait donné ma chère Ma­man. J’avais du pain, un toit, une couchette et je grandissais, malgré tout ! Chaque année, Les sœurs de la Charité venaient prendre mes me­sures pour me coudre des vêtements neufs et je recevais une paire de souliers neufs pour l’année à venir. Il fallait prendre soin de ces affaires, j’en avais si peu. Elles venaient voir en même temps comment je me por­tais et si on prenait suffisamment soin de moi.

Cinq ans plus tard j’ai changé de famille pour aller chez les Bornarel dans le même village. Ils habitaient juste à côté de chez Jojo et ils étaient cou­sins. J’ai vécu dans ce village jusqu’à l’âge de onze ans.

Puis je suis revenue à la Charité de Lyon. C’était le 22 avril 1817. Je suis restée là presque un an. J’avais besoin de soins, j’étais souvent malade l’hiver. J’aimais revenir vers les sœurs, j’étais un peu chez moi à La Chari­té, on me connaissait bien. Et puis cette immense bâtisse m’offrait la pro­tection de ses épais murs de pierres.

Encore du changement

Après ces six années d’une relative stabilité, j’ai beaucoup bougé d’une famille à l’autre. Pour commencer, on m’a placée à St Genis Laval à trois lieues (11 Km) de Lyon, chez Mr Aubert. Je suis arrivée le six mars 1818, j’avais 12 ans. Je ne me sentais pas bien du tout dans cette maison très sale et désordonnée, j’étais terrifiée et dans l’insécurité. Fort heureusement, je n’y suis pas restée bien longtemps. En effet, je suis tombée malade. Tout mon corps me grattait affreusement et je ne recevais aucun soin. Mr Aubert m’a alors renvoyée à la Charité au bout de seize jours.

Comme toujours, les sœurs m’ont fait bon accueil et m’ont prodigué de bons soins car, en fait, j’avais attrapé la gale ! J’aurais vraiment voulu rester là un peu plus longtemps mais j’ai dû repartir au bout de quinze jours, le 31 mars, de nouveau dans l’Ain, à St Rambert, chez Mr Joseph Vacher. Je suis restée dans cette maison plus de deux ans pour travailler, les tâches ingrates sont toujours pour moi et les journées sont bien longues et monotones. Rares sont les distractions et les moments de joie avec les filles du village avec qui je par­viens à m’échapper de temps en temps pour courir dans la campagne.

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Saint Rambert en Bugey dans l’Ain, la Grande rue.

Dans le même temps, je commence à grandir, j’ai quatorze ans, mon corps change et les hommes du village me regardent, veulent me toucher. Les filles de la Charité sont bonnes à tout faire… Beaucoup de domestiques se retrou­vent enceintes sans le vouloir, encore bien jeunes…

Et bien non ! Je ne peux pas accepter ça et je commence à m’affirmer, à refu­ser de me soumettre quand mes droits sont bafoués où quand je suis en dan­ger. Je n’ai que moi pour me défendre, je suis seule au monde, alors je ré­siste, je me rebelle. C’en est assez ! Je décide de partir d’ici, de me sauver ! De sauver ma vie ! Oui, je retourne à Lyon, à la Charité, je vais expliquer com­ment on me traite, ça ne peut plus durer. Je n’appartiens à personne, ni à un lieu, alors je pars. Jamais je n’abdiquerais. Je chercherais mon bonheur et je le trouverais. Trop de filles sont résignées et acceptent le malheur comme leur destinée et portent une charge trop lourde pour elles.

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Lyon, place Bellecour avec à l’arrière plan l’église de La Charité.

L’Hospice de La Charité, août 1820

Je suis partie très tôt, sans bruit et sans prévenir avec mes maigres affaires. Les jours sont longs en août et j’ai marché toute la journée en direction de Lyon avec mon baluchon. Je suis arrivée à la nuit tombante, épuisée, affamée, les pieds endoloris par cette si longue marche. Mais quel sentiment de liberté j’éprouve ! Cela fait deux ans que je n’étais pas revenue ici, je suis si heureuse. Je retrouve du réconfort, et j’éprouve toujours autant de joie à revenir en cet endroit protecteur qu’est la Charité car on y prend soin de moi et enfin je peux me reposer un peu. Je raconte dans quelle situation je me suis trouvée et les Sœurs ont décidé de ne plus me renvoyer à St Rambert ! Je suis en âge de pou­voir travailler et apprendre un métier. De ce fait, une place m’a été trouvée à Tarare, chez Mr Jacques Lambert, tisseur. Je suis arrivée chez lui le quatre sep­tembre 1820. Une distance de onze lieues (43 Km) sépare Lyon de Tarare. Je suis rassurée de savoir que la Charité n’est pas trop loin !

L’atelier de tissage de Tarare

Le Maitre, Mr Lambert, est un riche et grand homme qui sait mener son monde à la baguette et il nous fallait travailler dur et vite. J’ai appris à tisser la soie sur de grands métiers. Les journées étaient longues, la poussière de l’atelier, la chaleur ont vite eu raison de moi. J’avais beaucoup maigri et, épuisée, Mr Lambert m’a renvoyée à La Charité pour que j’y reçoive des soins. J’étais trop jeune pour tenir une telle cadence. J’ai tenu huit mois, j’aurai voulu continuer car je connaissais bien le travail maintenant mais il me fallait partir. J’ai touché là mes premiers salaires (2,25 francs par jour) et j’étais bien fière de moi !

De retour à Lyon, j’ai franchi la grande porte de la Charité en cette belle jour­née du 10 mai 1821 bien fatiguée mais heureuse. Le printemps s’installait, j’étais pleine d’espoir et j’allais avoir quinze ans en juin !

J’ai vu le médecin qui a fait le nécessaire pour que je retrouve des forces : Une bonne alimentation, du repos et du plein air pour profiter du soleil de ce beau printemps ! Voilà le programme de ces quelques jours, ce qui me procurait une joie immense.

Malheureusement, le 29 mai, il avait été convenu qu’un certain Mr Bréchignac vienne me chercher pour aller à Yssingeaux en Haute Loire. Encore un incon­nu et un lieu inconnu. On a parcouru en diligence 26 lieues ! (105 km). Il me fallait toujours repartir à zéro, laisser mes connaissances, mes amis quand j’en avais. J’avais besoin de courage mais cette fois il m’en manquait, j’aspirais à ma liberté et partout où j’allais, je devais me battre pour elle, me battre pour qu’on me respecte, me battre pour ne pas être asservie. Je n’avais pas der­rière moi un père pour me protéger, une mère pour me conseiller et m’encou­rager. J’étais une enfant de personne, la main d’œuvre de tout le monde, trim­balée d’un endroit à l’autre.

Je suis restée un an à Yssingeaux, mais de nouveau j’étais en danger, menacée, non respectée, exploitée. Ma rage me donnait la force de ne pas abdiquer, de ne pas céder aux volontés de ces gens sans cœur, qui avaient des comporte­ments de goujat. J’ai mis au point, en secret, mon départ de cet endroit maudit, bien décidée à rechercher une meilleure situation. Etant mineure, les adultes profitent toujours de leur force et j’attendais avec impatience ma ma­jorité à vingt et un an. Je n’en avais que seize… Mais la vie m’avait mûrie, m’avait fait grandir plus vite et dans ma tête, il y avait des tas d’idées, des dé­sirs, des aspirations. Mon malheur me donnait du ressort, je voulais rebondir dessus pour aller plus loin, toujours plus loin, la tête haute.

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Yssingeaux, Haute Loire, la fontaine du Foiral.

Un air de liberté

Nous sommes en mai 1822, le printemps me donnait toujours des envies de renouveau et l’heure de mon départ avait sonné. J’étais trop loin de Lyon et de la Charité pour y retourner. Je savais qu’à Bourg Argental dans la Loire, dépar­tement voisin, il y avait une fabrique de textile qui prenait du personnel et où les conditions, m’avait-on dit, étaient assez bonnes. J’étais décidée à rejoindre cette ville, même si la distance était assez conséquente : onze lieues ! (46 km) J’aimais marcher, mais ce qui m’effrayait le plus étaient les mauvaises ren­contres, une fille seule et inconnue sur la route, ça fait parler, ça donne des mauvaises idées aux hommes mal intentionnés. J’avais la réplique facile, une certaine assurance, même si au fond de moi j’avais beaucoup de sensibilité.

Partie à l’aube, je suis arrivée vers 17 heures au moment où débauchaient les ouvriers de la fabrique. Ils m’ont dirigé vers l’intendant. Mon expérience chez Mr Lambert, le tisseur de Tarare a retenu toute son attention. J’ai été embau­chée dès le lendemain. J’étais heureuse mais épuisée du voyage et si faible que des ouvrières m’ont invité à partager leurs repas et leur logement.

Je suis restée dans cette fabrique presque une année, mais comme chez tous mes précédents Maîtres, le travail est épuisant, les conditions difficiles, les ate­liers trop froids l’hiver, trop chauds l’été, la cadence infernale. C’est de loin l’endroit où, malgré tout, j’ai gagné un peu plus de sous et où l’entraide avec les filles m’a fait chaud au cœur. Mais Anne Dartige ne peut s’astreindre à cette vie monotone et laborieuse et s’installer dans ce confort relatif où les quelques avantages trouvés, nous anesthésient, nous paralysent et nous em­pêchent de murir d’autres projets, par peur de perdre tout ce qui a été si diffi­cile à obtenir. Comme le dit l’adage : « Qui ne tente rien n’a rien. », Un matin j’ai donc annoncé à mes compagnes que j’allais demander mon solde et tenter l’aventure ailleurs. Ces filles étaient du coin et avaient toujours vécu ici. Mais en ce qui me concerne, rien ne me retient ici. J’attends autre chose de ma vie, sans vraiment savoir de quoi il s’agit.

Un dévidage de soie

A vingt lieues de là, se trouvait St Didier du Mont d’or, et je décidais que cette ville serait ma prochaine destination. Les soieries de Lyon manquaient de dévi­deuses et à St Didier nombreux étaient les dévidages de soie. J’appris donc ce nouveau travail qui demandait beaucoup d’habileté, de patience, de finesse. La tâche consistait à plonger les cocons de vers à soie dans de grandes cuves rem­plies d’eau bouillante. Ce trempage permettait l’extraction des fils du cocon de soie. Un fil est si fin, qu’il en faut six pour égaler la grosseur d’un cheveu ! Une fois extraits, ces fils sont regroupés en bobines. Ce travail ingrat était toujours destiné aux pauvres filles, à celles qui se trouvaient tout en bas de l’échelle so­ciale, aux illettrées, mais jamais aux garçons, moins habiles disait-on !

Notre santé était, là encore soumise à rude épreuve : Nos doigts qui trem­paient dans l’eau sale, nauséabonde et bouillante, nous faisaient souffrir et l’humidité de la pièce était néfaste à notre santé. Nombreuses étaient les ou­vrières souffrant de tuberculose pulmonaire. L’infirmerie était pleine de filles perdues ! Devant cet horrible tableau, j’ai, un matin pris mes jambes à mon cou pour fuir cet endroit qui faisait passer le rendement avant la santé du person­nel. Un mois m’a suffi pour discerner que c’était un véritable mouroir. Le 8 mars 1823, je prends la route et au bout de trois lieues, je commence à aperce­voir Lyon et très distinctement, la haute flèche du clocher de la Charité !

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Une dévideuse de soie devant une cuve d’eau bouillante dans laquelle flottent les cocons de soie à dévider. Une fois extrait, plusieurs fils sont enroulés en­semble pour faire un fil de soie. Illustration extraite du livre de lecture de cours moyen « Le tour de France par deux enfants » Par G Bruno.

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28 Messages

  • bravo pour ce récit très intéressant.
    Le Finistère était moins gâté pour le suivi des enfants exposés et il a fallu attendre 1841 pour voir créer des registres de tutelle où étaient consignés les parcours des enfants de plus de 12 ans et mis en tutelle.
    J’ai quand même réussi à retracer le parcours de 3816 enfants exposés au tour de l’hospice de Quimper, dans le livre Les exposés de Creac’h-Euzen (livre paru en 2013 et aujourd’hui épuisé).
    Des articles parus dans la Gazette sur 4 de ces enfants :

    https://www.histoire-genealogie.com/La-pathetique-histoire-de-Lichou-Beurre-l-enfant-trouve-devenu-mendiant-1805-1880

    https://www.histoire-genealogie.com/Le-labyrinthe-d-Icar-enfant-trouve

    https://www.histoire-genealogie.com/Un-enfant-naturel-emporte-par-les-remous-de-la-vie

    https://www.histoire-genealogie.com/Henri-G-abandonne-en-1889-dans-une-rue-de-Quimper

    Bien cordialement
    Pierrick Chuto

    Répondre à ce message

    • Bonjour,

      Merci d’avoir lu la vie de Anne (1re partie), vous aurez la suite bientôt !
      j’ai lu avec beaucoup d’interet Les 3 récits dont vous m’avez envoyé les liens. Quelle époque de misère. Vous avez fait un énorme travail pour ces petits loupiots exposés, ils méritent tous que nous nous penchions sur leur histoires individuelles afin de les sortir de l’oubli. Les photos que vous avez choisies sont vraiment magnifiques, j’aime particulièrement le mendiant breton.

      Toujours dans les ascendants du côté de Papa, ils y a eu des chiffonniers et des scieurs de longs.

      A bientot pour la suite,
      sandrine

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  • Cette histoire m’a de suite ramenée à mon arrière arrière grand mère maternelle qui elle aussi fut une enfant trouvée à laquelle on a donné le nom d’Eléonore DAMASSE.
    Elle fut déposée le 13 décembre 1819 dans le tour de l’Hospice St Joseph à Château Gontier (53). Il y eut 54 enfants déposés cette année là !
    Sans avoir les infos que vous avez trouvées, j’ai réussi à retracer toute sa vie et le hasard m’a fait de drôles de clins d’oeil : Elle a été déposée à l’hospice depuis transformé en maison de retraite St Joseph où ma maman (son arrière petite fille) est décédée. Elle a été mariée 2 fois et a vécu une partie de sa vie dans la ferme voisine de l’habitation de ma petite soeur ...
    J’ai toujours une pensée émue pour elle car sa vie n’a pas été facile !

    Répondre à ce message

    • Bonjour Annick,

      Merci pour l’intérêt porté à la vie de Anne. Nous sommes nombreux à avoir dans notre généalogie des petits etres dont la vie a souvent été une longue lutte. C’est beau que vous ayez fait le rapprochement des lieux d’existence de cette parente et ceux de ses descendants. J’aime bien ce proverbe : le vrais tombeau des morts est le cœur des vivants...

      A bientôt,
      Sandrine

      Répondre à ce message

  • Bonjour,
    Puisque vous avez une date de naissance et qu’elle a été abandonnée à Lyon, je sais qu’il y a pas mal de village autour de la ville mais combien en 1806 et avec tous les relevés existants pourquoi ne pas quadriller tout autour en premier pour des recherches, demandez de l’aide sur Facebook dans les groupes 69 pour commencer,

    Répondre à ce message

    • Bonjour,

      Merci de votre intérêt pour la continuité de l’histoire de Anne....
      j’ai effectivement passé au peigne fin toutes les communes du Rhône, de Lyon aussi, de l’ain, du puy de Dôme, je suis sur la Creuse où il y a beaucoup de Dartige.... Cela fait plus de deux ans que je cherche ainsi ! Pour l’instant sans succès. Un généalogiste archiviste m’a dit qu’il avait mit 30 ans pour trouver un acte !!! Je ne désespère pas, mais le jour où je trouve cet acte, ma joie sera au comble !!!!

      Qu’entendez vous par demander de l’aide aux groupes du 69 ?

      Merci,

      sandrine

      Répondre à ce message

      • j’ai regardé, en effet il n’y a pas beaucoup de forum pour le Rhône, ces groupes sont intéressants pour les conseils et recherches, je me suis inscrite à plusieurs sur les pages Facebook, moi aussi j’avais juste une date pour une naissance et j’ai mis 30 ans a retrouver le village, donc en procédant sur une carte tout autour de lyon, n’oubliez pas qu’ils venaient souvent à pieds et que là ce sera dans les registres de baptêmes 1806 et naissances 1806 donc si la mère l’a laissé au tour, elle ne devait pas âtre loin, bon courage, si je peux vous aider avec grand plaisir, je fais de la généalogie depuis plus de 40 ans, j’adore cela

        Répondre à ce message

  • Un récit passionnant et bien triste, j’ai hâte de lire la suite dans l’espoir que ce fut un peu meilleur pour elle.

    Répondre à ce message

  • Merci pour ce récit si vivant, établi à partir de froids alignements de dates et lieux. Quel courage pour cette jeune fille ! Vite, la suite, s’il vous plait...
    Amitiés généalogiques
    Brigitte

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  • Merci pour votre récit, bien mené, relatant la difficile vie de votre AAAGM qui fait écho à celle que j’imagine avoir été vécue par mon ancêtre née en 1808, dont les parents sont décédés, orpheline des Hospices civils de Paris, je n’ai pas encore réussi à retrouver son N° de matricule, ce malgré de très longues et fastidieuses recherches dans les registres d’admission des enfants trouvés car parcellaires (les archives de Paris ayant brûlé en 1871). Je ne lâcherai pas l’affaire car je veux, comme vous, connaître son enfance. Elle a survécu, a été une excellente mère et grand-mère dans le Nord jusqu’à sa mort à 76 ans. J’y suis, comme vous, très attachée et j’attends avec impatience votre 2e épisode. Cordialement

    Répondre à ce message

    • Bonjour Marlie,

      Merci beaucoup d’avoir lu avec intérêt l’histoire de Anne qui fait appel à celle de votre aïeule... Tellement nombreux ont été les enfants orphelins....
      J’espère de tout cœur que vous finirez par trouver son numéro matricule un jour, que vous relirez les lignes pour être bien certaine que c’est enfin son nom que vous venez de trouver !! Je l’ai vécu et c’est un grand bonheur quand on cherche depuis longtemps... On est parfois surpris de la destinée de nos ancêtres !

      A bientôt pour le prochain épisode,

      Sandrine

      Répondre à ce message

  • Bonjour Sandrine,

    Un vibrant hommage à votre aïeul, et si bien écrit.
    J’attend avec impatience la suite de son histoire .

    Arrêtez moi si je fais erreur..je ne suis pas spécialiste..

    L’époque faisait que l’on « laissait » certains enfants , sans les abandonner définitivement pour autant .Votre aïeul garde ses nom et prénom.
    Ses parents s’ils en avaient eu les moyens financiers pouvaient la récupérer , moyennant les frais dépensés pour sa garde . Tous placements « temporaires en attendant de vivre mieux » étaient payants à la reprise des enfants.

    Que faisaient ses parents pendant son début de placement ? Y avait-il déjà des frères et soeurs ? Y en a-t’il eut après son placement ?La faim et la mortalité infantile à cette époque , devait avoir raison de beaucoup de décisions douloureuses pour les parents.

    Une femme de caractère se dessine déjà en elle, une révolte interne aussi. Que devait-elle penser de l’acte de ses parents ? l’avait-elle compris !

    Encore aujourd’hui un enfant placé (pour en connaître un), sachant son histoire n’admet pas qu’on le trimbale de famille en famille alors que sa mère est vivante .C’est une révolte qui couve.Une histoire qui s’éternise dans le temps.

    Bien cordialement
    Isabelle JOURDAIN

    Répondre à ce message

    • Bonjour Isabelle,
      Effectivement, certains enfants étaient repris par leurs parents. Je l’ai vu plus d’une fois sur les registres. Le placement avait été provisoire. Les parents de Anne voulaient la reprendre, c’est ce qu’ils ont dit sur le billet. Mais ne l’ont pas fait...

      Je n’ai pas encore trouvé son acte de naissance, de ce fait je n’ai aucune information sur ses parents, qui ils étaient, ce qu’ils faisaient.
      J’ai une piste à explorer mais tout reste encore incertain.

      A très bientôt pour la suite,

      Sandrine

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  • Quelle triste histoire, très bien écrite !!
    J’espère qu’Anne va connaître quand même le bonheur dans la suite de sa vie.
    A bientôt pour le prochain épisode.
    Catherine

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  • Je vous félicite pour votre travail de recherches couronné par vos trouvailles.

    Essayer de retracer la vie au début du XIX° pour des personnes qui ne sont pas nobles, notables, religieux ou notaires est bien difficile. Encore plus quand il s’agit d’enfants abandonnés. Leurs vies étaient si différentes de celle de notre génération, leur mental aussi. La religion avait une place considérable, la place des filles par rapport aux garçons était bien différente de celle de nos jours. Les personnes ne raisonnaient pas comme nous car leur société était bien différente de la nôtre, les connaissances n’étaient pas celles d’aujourd’hui. Nous les imaginons vivre selon nos grilles de lectures forcément différentes.

    Il reste que par les actes qu’elles ont posés, par leur histoire que nous retrouvons, par le contexte de leur époque dont notre connaissance s’affine avec les recherches de tous, nous pouvons essayer de brosser à grands traits leur vie.

    J’avais remercié Alain Corbin, historien, pour Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot, sur les traces d’un inconnu 1798-1876, livre dans lequel il reconstituait en 1998 ce qu’il avait pu trouver de la vie d’un homme parmi des millions d’autres, pris au hasard.

    Internet et la numérisation nous ont permis aujourd’hui des recherches inimaginables il y a trente ans.

    Mon intérêt pour l’histoire d’Anne Dartige tient au fait que je suis originaire d’une petite vallée alpine, pauvre du fait de la multiplication des naissances dans les familles alors que la terre nourricière était bien limitée. De ce fait les familles complétaient leurs maigres revenus par la prise en charge des enfants abandonnés, dans ce cas principalement originaires de la grande ville Marseille. Aussi ces enfants abandonnés font-ils partie de l’histoire familiale des générations passées.

    La vie de ces ruraux était bien misérable et ces enfants abandonnés, quand ils ne mourraient pas (le cas très fréquent), avaient une vie encore plus rude que les enfants de ces paysans.

    Ceci a perduré dans le Champsaur jusqu’à une date récente dont je peux témoigner car, y ayant racheté une ferme en 1990, j’ai appris la pauvre enfance de l’un de ces enfants abandonnés qui y fut élevée jusque dans les années 1975. Le couple de paysans sans enfant y vivait sans hygiène et l’enfant placée était reléguée guère mieux que les animaux, et travaillait sans relâche chaque jour de l’année. Pauvre petite fille qui a survécu et est partie vivre sa vie adulte loin de la montagne.

    Je lirai la suite de votre chronique avec grand intérêt.

    Merci encore (ainsi qu’à Pierrick Chuto pour ses recherches similaires).

    Philippe Escallier

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    • Merci pour votre lecture attentive du récit de Anne Dartige. La liaison que vous faites de son histoire et celle de cette petite fille d’un village des Alpes est troublante car si proche de nous...

      En consultant les registres d’etat Civil de la Charité, j’ai souvent vu que des bébés abandonnés à Lyon étaient placés en Savoie, ce qui rejoint bien ce que vous dites. J’ai vu aussi que certains villages étaient classés, après contrôle, inappropriés pour le placement des enfants. ( enfants chétifs, saleté, couches vétustes, etc...) La réputation de nombreux autres était bonne ce qui contribuait à la prospérité des villages. La visite du personnel de la Charité était régulière mais il y avait tant à faire partout...

      Savez vous ce qu’est devenue cette petite fille après son départ du village ?

      Cordialement,

      Sandrine

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      • Ces pauvres enfants abandonnés, innombrables dans le passé, me ramènent à ces autres pauvres enfants migrants d’aujourd’hui dont on essaie bien de s’occuper mais dont le nombre fait que toutes les bonnes volontés et tous les Services sont débordés et ne peuvent leur venir en aide.

        L’Ain fut aussi une base arrière des enfants abandonnés de Lyon.

        Pour cette pauvre jeune fille qui a survécu dans les Alpes dans une époque récente, j’ai su simplement qu’elle était partie faire sa vie dans le Vaucluse.

        bien cordialement
        PhE

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  • Je viens de trouver des éléments que vous détenez peut-être.
    Dans les archives en ligne des enfants abandonnés nous retrouvons :

    • Eucher DARTIGE. Type de registre : Placement
      Dates 1826-1830 . Cote : CH_4Q242
    • Eucher DARTIGE .Type de registre : Réception
      Dates 1826-1828 . cote CH-4Q086
    • Eucher DARTIGE ; Type de registre : Placement
      Dates 1826-1827. Cote CH_4Q262
      Eucher correspond peut-être a son fils ? abandonné lui aussi..par sa mère !.
      Une naissance Eucher DARTIGE est bien mentionnée aux AD de LYON en date du 17 novembre 1826 ,acte 5100 page 263 .Même adresse rue Bourgcharin. fils de Anne DARTIGE .Elle avait 19 ans donc vous pouvez savoir quel placement elle fuyait pour s’installer ailleurs , jeune et enceinte.

    Je trouve aussi aux AD de Montpellier une condamnation à 4 ans de prison , concernant Anne DARTIGE, femme publique native de Lyon, condamnée le 26 août 1847 demeurant à Lyon lors de sa condamnation . Elle habitait rue BOURGCHARIN même adresse que lors de la naissance de Eucher .

    Cordialement
    Isabelle JOURDAIN

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    • Bonjour Isabelle

      Oh la la, vous vous y êtes attelé sérieusement ! Bravo ! Oui j’ai déjà tous ces renseignement, vous verrez cela dans la suite du récit. Là ou je cale, c’est son acte de naissance et ce qu’elle est devenue à sa sortie de prison donc en 1851. Je travaille sur les recensement de Lyon puisque c’est là qu’elle est retournée, c’est écrit sur son bulletin de libération.

      Par contre comment avez-vous eu ce doc de Montpellier ? Je vous donne mon mail : sandrinefaichaud@gmail.com

      Ce que j’ai de Montpellier, je me suis déplacée aux AD car seulement lisible en salle de lecture

      Mais a-t elle rejoint son fils dans l’Ain ? On t -ils repris contact ? Se connaissaient-ils ?
      J’ai des actes (mariage, décès)pour Eucher, si vous me donnez votre adresse mail je vous les enverrais, ça vous aidera si vous voulez toujours m’aider !! Je ne demande que ça, à plusieurs on a plus de chance !

      En tout cas merci pour vos recherches, c’est peut-être vous qui ferez avancer cette branche de mon arbre !

      Encore un immense merci pour votre aide,

      Sandrine

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  • https://gw.geneanet.org/guyfroment?lang=fr&iz=7042&p=anne&n=dartige

    votre aïeule apparaît sur l’arbre généalogique FROMENT Guy à Montluel, sur généanet.

    Cordialement
    Isabelle JOURDAIN

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  • "Merci pour ce récit captivant, j’attends la suite avec impatience. Cette biographie est intéressante à plus d’un titre : d’abord par le remarquable travail de reconstitution de carrière des placements successifs que vous avez su faire. Placements en nourrice, placements chez un maître, placements en usine...

    Cette biographie est également passionnante parce qu’elle concerne une enfant exposée. Votre ancêtre était sans doute d’une robuste constitution et a fait preuve d’une grande capacité de résilience car la consultation des registres paroissiaux et d’état civil est parfois accablante lorsqu’on constate le fort degré de mortalité infantile des enfants mis en nourrice.

    Mais elle est également très intéressante en ce qu’elle s’intéresse à la trajectoire professionnelle d’une femme. Elles sont si souvent ignorées des registres d’état civil qui les considèrent comme "ménagères" ou "sans profession". Les recensements fiscaux annuels visibles sur le site des archives municipales de Lyon restitue leur activité économique. Mais on trouve parfois des officiers d’état civil plus scrupuleux. Ainsi à Soucieu en Jarrest (Rhône), village où les fabricants lyonnais sous-traitaient la fabrication de velours de soie, on peut noter en 1858, année de naissance d’une de mes arrières grand mères , Etiennette Nicolas, qu’à l’exception d’une seule, sur les 47 parturientes de l’année, toutes les mères sont qualifiées par leur activité professionnelle : elles sont veloutières (45%) et cultivatrices (47%), mais on compte aussi une marchande de rouenneries, une tailleuse, une cabaretière, une dévideuse, une domestique. Les deux femmes le plus mal situées dans l’échelle sociale, la domestique et la petite dévideuse de 16 ans, ont un enfant naturel. Le maître de la domestique est le père de son enfant.

    Enfin votre récit a le très grand mérite de mettre en évidence la mobilité professionnelle et géographique dont devaient constamment faire preuve nos ancêtres dès lors qu’ils ou qu’elles n’avaient pas la chance de naître dans une famille de propriétaires. La plus parfaite flexibilité était le sort "naturel" des précaires en ces temps où la sécurité sociale était inexistante. « 

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    • https://fr.wikipedia.org/wiki/Ménager

      La ménagère ou le ménager n’étaient pas ce que vous pensez .

      Ils étaient propriétaires d’un lopin de terre et avaient quelques animaux .

      Cordialement
      Isabelle

      Répondre à ce message

    • Bonjour,

      Merci pour votre long et élogieux message et surtout l’analyse que vous en faites de mon récit. Si un jour j’ai la possibilité de connaître l’histoire de mon aïeule dans son intégralité, je souhaiterais publier un livre. Je serai très heureuse que Votre courrier puisse servir de préface !!

      La suite du récit paraît aujourd’hui.

      Merci pour votre intérêt,
      Cordialement,

      Sandrine

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      • Bonjour,
        je participerais avec beaucoup de plaisir à la préface de votre livre.
        La suite du récit est aussi passionnante que la première partie et une excellente illustration des conditions de vie du 19è siècle. La faiblesse des salaires féminins dans l’industrie de la soie faisait de la prostitution une pratique largement partagée notamment par des ouvrières qui en plus de leur vie propre devaient subvenir aux besoins d’une famille et comme Anne Dartige payer la pension d’un enfant. Le harcèlement sexuel fréquemment pratiqué par les contremaîtres en était une étape initiale. Et l’alcool est l’antidépresseur le plus aisément délivré. « L’Assommoir » ou la représentation de « la repassseuse » par Degas nous le rappellent.
        Même filtrés par l’institution judiciaire, vous avez pu retrouver les échos de la voix de votre ancêtre à travers les minutes des interrogatoires. Je suis réellement admirative de votre travail de restitution de la vie de cette « sans voix ».
        Cordialement
        Sylvette

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