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À propos d’une enquête familiale... (Genèse d’une biographie)


jeudi 15 juin 2017, par Jacques Pageix

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Lorsque sonna pour moi l’heure de la retraite, en octobre 2010, je pris enfin le temps de rassembler tous mes souvenirs de famille, accumulés au fil des années.

À ce moment-là, je disposais :

  • de photos (hélas non identifiées, pour certaines d’entre elles, restées vierges de légende) ;
  • d’archives personnelles (je possède notamment une série de contrats de mariages qui remonte jusqu’en 1650) ;
  • de documents divers recueillis jusqu’ici (archives publiques et privées, etc.) ;
  • enfin, de ma mémoire, pour faire le lien entre tous ces vestiges du passé.

Dans le double souci de préserver ces souvenirs et de les diffuser, je créais en 2012 un site internet à l’intention de ma famille, de mes amis, et largement consultable par tous les visiteurs intéressés par l’aspect historique qui en constitue la toile de fond.

Comme c’est souvent le cas au moment de notre existence où l’on décide de rassembler tous les matériaux nécessaires pour une biographie familiale ou un récit d’histoire locale, on regrette amèrement de n’avoir pas suffisamment interrogé nos prédécesseurs sur tel ou tel événement dont les détails avaient disparu, ou sur telle ou telle photo de l’album familial, restée malheureusement sans légende...

Il en est résulté que pour mener à bien certaines biographies, je me suis trouvé face à d’importantes zones d’ombre, que je ne suis parvenu à dissiper qu’au terme de véritables enquêtes de détective privé !...

— o—

Pour illustrer ce propos, je prendrais comme exemple la biographie de mon arrière-grand oncle Eugène Cromarias, Ingénieur des mines de Paris, né en 1857 à Gouttières, commune du canton de Saint-Gervais en Combrailles (Puy-de-Dôme).

Je ne savais rien de lui, en dehors de quelques propos aujourd’hui très confus dans ma mémoire, formulés par ma grand-mère Jeanne Cromarias, épouse de mon grand-père Pierre Pageix de Beaumont : son oncle aurait placé (et perdu) la presque totalité de sa fortune dans des mines au Maroc ou en Algérie.

Je possédais aussi plusieurs portraits de lui, de sa femme et de ses deux enfants.

1re étape (Eugène et son épouse) :

Après avoir reconstitué son ascendance familiale pour le situer dans l’arbre généalogique des Cromarias et par rapport à ma propre branche, il ne fut pas compliqué pour moi dans un premier temps de retrouver l’acte de naissance d’Antoine Eugène Cromarias dans l’état civil en ligne de Gouttières, berceau des Cromarias dits « du Fraisse » :

La Mairie de Gouttières me l’avait d’ailleurs adressé : Antoine Eugène Cromarias (dit Eugène) est né le 12 septembre 1857. Malheureusement, les actes ne comportaient pas à cette époque de mention marginale indiquant le mariage et le décès.

J’ai donc recherché, assez longtemps je l’avoue, la date et le lieu de leur mariage, ne disposant que des portraits de son épouse sur mes photos, seule ou avec lui. J’ai fini par trouver dans l’état civil en ligne l’acte de leur mariage, célébré à Pontgibaud le 7 novembre 1892. Il épousa une gibaldipontaine, Anaïs Eugénie Labourier qu’il avait probablement rencontrée au cours de l’un de ses stages, effectué en 1882 au cours de sa scolarité à l’École des Mines, à l’usine d’extraction et de traitement du plomb argentifère de Pontgibaud.

Entre-temps, en 2008, je fis plusieurs visites fructueuses à l’École des Mines de Paris, où les responsables des archives et de la bibliothèque me reçurent et me permirent de prendre connaissance de son dossier scolaire, tout en me communiquant des photos de classe, des tableaux de notes et en m’ouvrant ses journaux de stage rédigés de sa main (Commentry, Bessèges et Bilbao) ; s’ajoutaient à cela les comptes rendus de voyages dans le Gard et l’Aveyron, également rédigés par Eugène au cours de sa scolarité d’ingénieur (années 1880-1883), scolarité accomplie après trois années de « prépa intégrée » (1877-1880). Notons que la bibliothèque de l’école publie les biographies des Ingénieurs des mines depuis que l’école existe (1783). Toutefois, les biographies des ingénieurs civils (cas d’Eugène) ne le sont pas systématiquement et la sienne n’y figurait pas. Il faisait partie du bureau des élèves et on le trouve dans l’annuaire de l’école jusqu’en 1934.

La fin de vie d’Eugène et d’Eugénie, ainsi que leurs décès étaient pour moi tout aussi énigmatiques. Les recensements consultés m’ont démontré qu’ils habitaient à Chamalières de 1908 à 1931, 27 avenue de Royat.

Un document trouvé par hasard sut le site de la BNF (Gallica) m’apprit qu’Eugène, alors probablement en retraite, s’était associé avec sa fille Germaine Bureau pour créer une entreprise de tailleur-plisseur (confections pour la haute couture), à Metz, à partir de novembre 1929 au N° 19 rue des Clercs.

Son décès me fut confirmé par la mairie de Chamalières : Eugène est décédé le 6 avril 1932 au N° 1 rue Pasteur, à 74 ans, face à la célèbre gare de chemin de fer de style prussien. L’acte établi par la mairie de Metz me fut communiqué peu après. À l’évidence, Eugène effectuait probablement souvent le trajet Chamalières-Metz puisqu’il s’était associé à l’entreprise créée par sa fille. Les soucis et la mort de son fils Antoine peu de temps auparavant, en 1931 avaient probablement dû contribuer à altérer la santé d’Eugène.

Peu après, la mairie de Chamalières me communiqua l’acte de décès de sa veuve, Eugénie, survenue 4 ans plus tard, le 17 janvier 1936.

2e étape (les enfants d’Eugène) :

Je savais que le couple Eugène-Eugénie avait eu deux enfants, Germaine et Antoine, qui figurent sur des photos où j’avais pu les identifier avec certitude. Cependant j’ignorais tous de ceux-ci.

Commençons pour simplifier par le cadet : Antoine.

La mairie de Chamalières pas plus que celle de Gouttières, n’ayant retrouvé sa trace, je me suis tourné vers celle de Saint-Gervais d’Auvergne qui m’a répondu positivement :

Antoine Jean Alexis Cromarias est né le 3 mars 1899 à Saint-Gervais d’Auvergne et y est décédé très jeune, célibataire et sans postérité, le 10 octobre 1931. Il était clerc de notaire à Saint-Gervais qu’il n’a manifestement pas quitté au cours de sa courte vie.

J’ignorais également la date et le lieu de naissance de sa sœur aînée, Germaine, dont j’avais retrouvé la trace à Metz. C’est la mairie de Chamalières qui me la communiqua :

Germaine Marie Eugénie est née le 19 novembre 1893 à Chamalières. Heureusement, l’acte comportait des mentions marginales. Toutefois, autant la mention du mariage était claire : « a contracté mariage à Romchamp (Haute-Marne) le 2 avril 1917 avec Charles Bureau », autant la mention du décès était peu lisible sur la photocopie (je lisais Mazage, ce qui me mit sur une fausse piste). Je finis par téléphoner à la mairie de Chamalières et la responsable de l’état civil me lit : « décédée le 1-3-1953 à Mazagan, Casablanca, Maroc » !

Entre-temps, j’obtenais auprès de la mairie de Ronchamp l’acte de mariage de Germaine et de Charles :

Charles Auguste Bureau, était étudiant, élève ingénieur de l’école supérieure d’électricité de Grenoble, « actuellement sous-lieutenant au 140e Régiment d’Infanterie ». Il était né comme son père, Achille Marie Joseph Bureau à Bruay Pas-de-Calais. Son père, sous-directeur des Houillères de Ronchamp, était ingénieur des mines tout comme Eugène et l’on comprend que les enfants du même monde de l’industrie minière aient eu l’opportunité de se rencontrer...

La mère de Charles, Augustine Claudine Adeline Hardorff appartenait quant à elle au monde viticole, sa famille étant propriétaire à Puligny-Montrachet... Ces Hardorff étaient originaires d’Hambourg et s’étaient installés en France vers 1900 (un Hermann Hardorff, né à Hambourg en 1829... Cette histoire pourrait être creusée car elle apporterait certainement un complément pittoresque à cette « saga viticole » !...)

À ce stade, revenant à mes « moutons », je me suis intéressé à ce Charles Bureau, qui combattit au front (et même au-delà des lignes ennemies), avec une baraka hors norme puisqu’il fut blessé 4 fois ; il était spécialisé dans les coups de main derrière les lignes du front allemand, afin de rapporter des renseignements sur leurs positions et leurs défenses !... J’ai consulté son dossier militaire à Vincennes et sa fiche matricule en ligne... dans les archives du Gard, où il habitait avec ses parents, alors qu’il était étudiant, son père étant affecté à l’exploitation des mines de charbon.

Charles rendu à la vie civile, le couple habita à Nancy puis à Metz jusqu’en 1938 où il s’installa à Saint-Gervais d’Auvergne, Charles étant affecté à la défense du point sensible des Ancizes.

En fin 1940, il franchit la Méditerranée et s’installa à Mazagan au Maroc, à la « ferme Santa Maria, kilomètre quatre, route de Mazagan » comme exploitants maraîchers.

Ceci me fut révélé par l’acte de décès de Germaine que j’obtenais auprès des services du ministère des affaires étrangères : elle mourut le 1er mars 1953 rue Louis Pasteur à Mazagan.

Charles Bureau revint probablement en France au moment de l’indépendance du Maroc, en mars 1956.

Je consultais son acte de naissance dans l’état civil en ligne de Bruay (Pas-de-Calais) : celui-ci comportait en mention marginale seulement un deuxième mariage à Saint-Germain-en-Laye le 15 décembre 1960 avec une certaine... Claudine Boulot, et son décès survenu à Paris 9e arrondissement le 21 mars 1962. L’acte de mariage (acte intégral en photocopie cette fois) me fut communiqué par la mairie de Saint-Germain-en-Laye. Cet acte m’apporta les précisions suivantes :

  • Charles Bureau résida à Saint-Gervais d’Auvergne à son retour du Maroc ;
  • Lors de son remariage, il habitait St-Germain-en-Laye chez sa deuxième épouse qui était divorcée (elle avait 67 ans et lui 69) ;
  • Aucun membre de la famille Bureau ne fut témoins à son mariage et seuls, les deux enfants du premier lit de Mme Boulot étaient présents !...

J’avais consulté la base internet « Léonore » des décorés de la Légion d’Honneur où figurait la mention du décès de Charles Bureau (date, lieu, adresse du domicile, etc.).

En interrogeant les services en ligne de la mairie de Paris, j’obtenais l’acte de décès qui confirmait le domicile : 3 bis rue Saint-Léger à Saint-Germain en laye et le décès 34 rue de Clichy Paris 9e.

3e étape (les petits enfants d’Eugène) :

Ayant pris contact avec la bibliothèque de Nancy pour effectuer une recherche dans le journal "l’Est Républicain", les responsables me communiquèrent l’avis de décès d’Eugénie Cromarias née Labourier survenu à Clermont-Ferrand le 17 janvier 1936. Cet avis publié par « Mme et M. Charles Bureau, MM Georges et Claude Bureau et toute la famille », 5 rue Sébastien Leclerc à Metz, désignait la défunte comme « leur mère, belle-mère, grand mère, tante et cousine ». Ainsi, le couple avait deux fils, Georges et Claude.

Parvenu à ce stade, je commençais à croire que si je poursuivais mes recherches, je parviendrais peut-être à retrouver des descendants d’Eugène, afin d’échanger avec eux nos souvenirs de famille...

Je commençais par Georges. Je supposais que sa naissance ne devait pas être très éloignée du mariage de ses parents à Ronchamp le 21 avril 1917. En effet, la mairie de Ronchamp trouva facilement l’acte de naissance de Georges Marie Charles Bureau du 8 avril 1918, avec les mentions marginales : mariage à Chamalières avec Simone Colas le 23 novembre 1940 et décès à Saint-Cloud le 7 juillet 1994. Sur son acte de mariage, qui m’a été transmis par la mairie de Chamalières, figure la signature de mon grand père Pierre Pageix qui fut témoin lors de leur union. Georges (22 ans), est qualifié de « médecin auxiliaire », et Simone (22 ans aussi), dont les parents sont commerçants à Paris, est étudiante en pharmacie. J’obtins ainsi auprès de la mairie de Chamalières l’acte de mariage et auprès de celle de Saint-Cloud l’acte de décès. Dans le catalogue des thèses de médecines, consulté sur internet, figure bien Georges Bureau, dont la thèse en 1939 porte sur un sujet pour le moins curieux : « Les facteurs d’opposition à la stérilisation légale des anormaux », thèse de 32 pages parue à Paris, chez Busson.

Je m’intéressais ensuite à Claude, le cadet. La mairie de Ronchamp n’ayant pas trouvé d’acte le concernant, je pensais qu’il pouvait être né à Nancy où ses parents s’installèrent en 1925. La mairie de Nancy, interrogée, retrouva l’acte de naissance de Claude Marie Antoine Bureau né le 23 juin 1925 à Nancy. Les mentions marginales précisaient son mariage au Maroc, à Ksar-es-Souk le 3 février 1947 avec Fatma bent Mohamed, 16 ans, et son décès à Haouzia, Maroc, le 28 juin 2001. L’acte de mariage obtenu auprès des services des Affaires étrangères (http://pastel.diplomatie.gouv.fr/dali) précise que sa femme était de la tribu du Beni-Yazrha. L’acte de décès obtenu également auprès des mêmes services précisait quant à lui que Claude habitait à Haouzia, Douar Laghnadra, que le décès avait été déclaré par un certain Allal Abdou, 50 ans, domicilié à Casablanca, rue Oussama Bnou Zaïd, et, curieusement, que l’acte n’avait été dressé que le 2 juillet à la commune rurale de Haouzia, Cercle d’Azemmour par Bouchaib Al Kahlaoui, officier de l’état civil. Enfin, la transcription de cet acte avait été faite le 5 juillet suivant par l’officier de l’état civil par délégation du Consul Général de France à Casablanca « sur la production de l’expédition de l’acte original étranger à nous remise par Jean-Marie Bureau ainsi que l’acte de mariage du défunt ».

Ainsi, ce Jean-Marie Bureau ne pourrait être qu’un arrière petit fils d’Eugène et d’Eugénie. Tous les témoins de ce passé que je tente depuis des années de reconstituer n’étant plus de ce monde, je ne désespère pas de me raccrocher à ce Jean-Marie Bureau. Ce sera peut-être la 4e étape : les arrières petits enfants...

Nota : il faudra prendre le temps de rechercher les « tantes et cousines » évoquées dans l’avis de décès d’Eugénie. Il faudra surtout identifier ce jean-Marie et rechercher les éventuels autres descendants de Georges et de Claude (je ne sais si les services délivrant les passeports conservent des archives). J’ai lancé une recherche du côté du témoin du décès de Claude et du consulat de Casablanca. Ce dernier m’a aimablement répondu qu’il allait faire des recherches, tandis que les autres destinataires sont restés silencieux...

J’ai donc pu établir, en l’état actuel des choses, la descendance suivante :

in memoriam Jacques Pageix

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2 Messages

  • À propos d’une enquête familiale... (Genèse d’une biographie) 23 juin 17:50, par MORANDA-CAROILLON Geneviève

    bonjour,
    je viens de lire une partie de l’article sur :
    à propos d’une enquête familiale.
    et je voudrais juste vous signaler une erreur géographique RONCHAMP n’est pas dans le département Haute Marne 52 mais dans la Haute Saône 70 juste un département voisin où à Ronchamp il y a la célèbre église de l’architecte LE CORBUSIER

    Cordialement
    PS n’ayant pas regardé tout l’article il y a en 52 un LONGCHAMP

    Répondre à ce message

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