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La Révolution Française et ses étrangers (1re partie)

ou Comment de « Déserteur étranger à Valmy » devenir « Citoyen français »


jeudi 20 septembre 2012, par Henri-Claude Martinet

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La recherche de vos origines vous permet parfois de plonger dans l’Histoire, comme avec cet ancêtre « déserteur à Valmy » et ainsi de reconstituer le parcours de ces étrangers, qu’ils soient déserteurs ou prisonniers, au sein d’un pays en proie aux bouleversements politiques et aux multiples privations durant la Révolution Française, destins parfois heureux mais plus fréquemment dramatiques.

I. « Déserteur étranger à Valmy »

La Révolution Française, en provoquant de profonds bouleversements politiques, économiques et sociétaux, avait pour volonté de doter la nation de structures qui devaient servir de base à une société nouvelle. Mais, rapidement, l’entrée en guerre avec les différents États européens fut à l’origine d’une aggravation notable de la situation intérieure déjà foncièrement déstabilisée risquant, par là même, d’obérer ses idéaux, car un afflux massif de combattants étrangers ayant déposé les armes, qu’ils soient « déserteurs à Valmy » ou « Prisonniers de Guerre », eut pour conséquence immédiate une implication de l’ensemble de la population jusque dans les plus petites communes.

Car, dans les troupes du Saint Empire Romain Germanique, en particulier, l’évasion des soldats était un phénomène récurrent. Consciente de ce fait, la Convention Nationale avait, avant même les premiers combats, édicté toute une série de mesures pour indiquer aux autorités concernées la marche à suivre. Appliquées à la lettre, elles devaient faciliter l’intégration de ces déserteurs. Mais, même si leur justesse et leur bien-fondé profitèrent à quelques-uns, la grande majorité s’en trouva exclue à cause des graves réalités économiques auxquelles étaient confrontées les populations qui devaient les accueillir.

Le destin de ces « Déserteurs étrangers », en suivant celui de Samuel GUISCH, combattant hongrois, depuis son départ de son pays d’origine, jusqu’à son arrivée dans un village champenois et à son installation définitive symbolisée par son mariage, est l’illustration parfaite de ce que la nation française attendait de ces premiers arrivants et est exemplaire d’une intégration réussie.

C’est dans la Marne, plus exactement à Esclavolles-Lurey [1] qu’apparaît, pour la première fois, son nom sur la liste des déserteurs étrangers arrivés dans le canton de Marcilly-sur-Seine. Il y est fait état pour la commune d’Esclavolles de trois déserteurs :

Alexandre MALDON
Samuel GUISCH
Marc SMILIANISCH


Étant entendu que l’écriture des noms n’est rien d’autre que la transcription phonétique de ce que l’agent français avait compris lors de leur enregistrement, dans la mesure où aucun des trois ne parlait français, ni ne savait lire et écrire.

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Valmy : un face à face incertain, cause des désertions...

Tout semble concourir à ce que la bataille de Valmy, ou plutôt la canonnade de Valmy, le 20 septembre 1792, soit l’élément central de la désertion de Samuel Guisch. Qu’il se soit enfui le jour même n’est pas certain, mais plus sûrement dans les jours autour de cette date, peut-être, si l’on prend en compte les conditions matérielles, lors de la retraite des troupes ennemies.

Car, en riposte à la déclaration de guerre de la France à l’Autriche le 20 avril 1792, débuta, en juillet 1792, la campagne militaire avec la jonction aux frontières de l’Est des troupes prussiennes et autrichiennes et leur entrée en France. Tout d’abord, il y eut la prise de plusieurs villes : Longwy, le 25 août, Verdun, le 1er septembre, puis l’occupation progressive de toute la région jusqu’à la Champagne et enfin, le 19 septembre, l’installation des troupes austro-prussiennes sur la colline de la Lune proche de Valmy, alors que face à eux, le général Dumouriez, à la tête de l’Armée du Nord, avait pris ses quartiers à Sainte-Menehould.

Et le 20 septembre, eut lieu la Bataille de Valmy, que le Conseil du directoire du district de Sainte-Menehould relata en ces termes aux Administrateurs du département de la Marne :

« Nous nous empressons de vous dire que nos armées fortes de 80 000 hommes, commandées par MMs Dumouriez et Kellerman se sont trouvées réunies le 19 courant et ont campé à une lieue de cette ville, entre Valmy et Breaux Sainte-Cobière, village voisin de la grande route. Dans la nuit du même jour, 19 au 20, l’armée Prussienne est parvenue à gagner sur la même route la hauteur de La Lune, distante de deux lieues de notre ville. Vers les 5 à 6 heures du matin, les avant-gardes se sont canonnées. L’action s’est engagée avec l’armée de M. Kellerman et n’a fini qu’à 6 heures du soir. La canonnade a été vigoureuse et bien soutenue de part et d’autre, mais l’ennemy s’est toujours maintenu dans ce poste important qu’il occupe encore. Il a néanmoins perdu beaucoup de monde et de notre côté, on évalue la perte à 5 ou 600 hommes, tant tués que blessés. »

Ainsi se termina la bataille de Valmy. Du 21 septembre au 1 octobre, Prussiens et Autrichiens restèrent dans leur camp de la Lune et à Valmy, et dans la nuit du 1er octobre, le roi de Prusse donna brusquement l’ordre de la retraite, mais ce fut une armée affaiblie par la maladie, la famine et la pluie qui s’ébranla en direction de l’Allemagne. Car, conjointement aux événements militaires, les conditions de subsistance des troupes se révélèrent être plus déterminantes encore pour l’issue de cette campagne. Les armées ennemies ne parvenaient pas à subvenir à leurs propres besoins, car les convois de ravitaillement qui venaient d’Allemagne, restaient en route à cause du mauvais temps. C’est pourquoi, dès le début de la campagne sur le sol français, la recherche de nourriture pour les hommes et les animaux, et même d’armement, fut une de leur préoccupation majeure.

Le 1er septembre, les Prussiens réclamèrent à la commune de Clermont-en-Argonne des canons, et pillèrent la nourriture dans la campagne. Le 5, le Conseil de guerre prussien ordonna aux responsables du département de la Meuse de lui faire fournir à Verdun 11200 sacs d’avoine et autant de farine. Dumouriez s’opposa à cette livraison, mais sollicita, à son tour, de subvenir aux besoins des trois armées basées dans la Marne. Le 21 septembre, le commandement prussien réquisitionna dans les communes occupées bois, foin, farine, grain, et bétail sous peine d’ « exécution militaire », Dumouriez aggravant la pénurie en faisant évacuer au-delà de la Marne les approvisionnements qui pouvaient tenter les ennemis.

Pour résister à la famine, il ne restait plus aux soldats que « les raisins verts » comme le notait Michelet dans son Histoire de la Révolution Française, ce qui provoqua dans leurs rangs plus de 25 000 malades de la dysenterie. Ajoutez à cela, le temps qui jouait en leur défaveur : « … une pluie constante, infatigable, tombait sur les Prussiens, les mouillait à fond. (.....) Ils trouvèrent déjà la boue en Lorraine ; vers Metz et Verdun, la terre commençait à se détremper ; et enfin en Champagne leur apparut une véritable fondrière, où le pied, enfonçant dans un profond mortier de craie, semblait partout pris au piège ». La retraite des troupes ennemies devint si catastrophique qu’elles formaient désormais « comme une procession lugubre, qui laissait des hommes sur tous les chemins ».

Le désespoir parmi ces soldats étrangers était si grand que, pour mettre un terme à leur calvaire, il ne leur restait plus que deux solutions : soit être fait prisonniers, comme ces 26 Prussiens qu’un homme seul ramena au village du Fresne dans la Marne en leur promettant de la nourriture, soit déserter pour tenter de subvenir à ses besoins par ses propres moyens, les désertions des soldats étrangers ayant commencé dès l’entrée des troupes austro-hongroises sur le territoire français. C’était, par exemple, le maire de Sommepy, petite commune proche de Valmy qui informait le district de Sainte-Menehould de l’arrestation de « six soldats et une femme avec eux [2], se disant hollandais et déserteurs des troupes de nos ennemis, (.....) et en nous disant qu’ils étaient évadés de leur régiment et qu’ils ne savaient où ils étaient, et se croyant perdu dans ce pays-ci, et nous ont promis de vouloir servir la république, mais non pas pour aller du côté où ils deviennent, mais partout ailleurs, (ils) le feraient volontiers. »

Ce phénomène de désertion était d’autant plus fréquent que tous ces simples soldats, pour la plupart des paysans encore soumis aux corvées ne s’étaient trouvés embarqués dans cette campagne que contraints et forcés. Mais ils étaient si nombreux que cela n’allait pas tarder à poser d’énormes problèmes aux communes où ils échouaient. Savoir pourquoi les uns étaient prisonniers de guerre et les autres déserteurs étrangers, est très difficile. Il se pourrait que ce soit, en fait, les habitants des communes qui déterminaient que les uns soient déclarés déserteurs étrangers et rejoignent immédiatement les armées révolutionnaires présentes et les autres prisonniers de guerre et restent, dans un premier temps, à leur charge, mais rapidement, face au poids de leur entretien, ils étaient, eux aussi, dirigés vers le régiment le plus proche.

Ce fut ce statut de déserteur que choisit, volontairement ou malgré lui, Samuel Guisch pour devenir alors officiellement : « Déserteur étranger qui est passé des troupes ennemies sur le territoire de la République ».

Déserteur étranger sous la Révolution

Déserteur étranger était un état reconnu officiellement par la Nation Française, donnant aux intéressés un véritable statut, car, bien avant l’ouverture des hostilités contre les armées ennemies, l’Assemblée Législative avait édicté toute une législation qui définissait les droits et devoirs de ces hommes, et données des instructions aux autorités locales pour les accueillir.

Déserteur étranger : une situation pleine de promesses...

Dès le 3 Août 1792, l’Assemblée Législative décréta dans un style emphatique et empreint de romantisme que : « celui qui abandonne une terre asservie pour se réfugier sur celle de la liberté, ne fait qu’user d’un droit légitime » et qu’en conséquence « la Nation Française (.....) ne fût-ce qu’à titre de la reconnaissance et de son intérêt aux guerriers étrangers qui viennent se ranger sous ses drapeaux » se devait de les accueillir dignement. En conséquence, elle rédigea toute une série de mesures sur la conduite à tenir à leur égard :

« Les sous-officiers et soldats des armées ennemies qui, jaloux de vivre sur la terre de la liberté et de l’égalité, abandonneront les drapeaux d’une puissance en guerre avec la France, se présenteront soit à un poste militaire, soit à une des autorités constituées, soit à un citoyen français, seront accueillis avec amitié et fraternité et recevront d’abord comme signe d’adoption une cocarde aux trois couleurs. »

À ces déclarations dithyrambiques étaient jointes des mesures, elles, très concrètes qui leur permettaient d’espérer un avenir plus certain que le quotidien des champs de bataille et souvent plus radieux que dans le pays natal.

« Ces sous-officiers et soldats, après avoir fait la déclaration de vouloir embrasser la cause de la liberté, recevront à titre d’indemnité des sacrifices qu’ils auront pu faire, un brevet de pension viagère de la somme de cent livres, laquelle leur sera annuellement payée de trois mois en trois mois et d’avance, et pendant tout le temps qu’ils résideront en France », à cela s’ajoutait une gratification de 50 livres.

En plus d’assurer leur quotidien, l’Assemblée Nationale facilitait leur intégration :

« Lesdits sous-officiers et soldats ne seront point forcés de contracter un engagement militaire : ceux qui voudront contracter un tel engagement seront indifféremment admis à leur volonté, soit dans les bataillons de volontaires nationaux, soit dans les différents corps de troupes en ligne, soit dans les légions, soit dans les compagnies franches. »

Dans ce cas, en plus de la gratification et de la pension viagère, pension réversible à leur veuve au cas où ils seraient mariés, la Révolution Française ayant vraiment tout prévu, ils recevaient la solde qui leur était due en qualité de soldat.

Dans ce décret, il semble que l’Assemblée Législative ait voulu mettre en exergue sa devise : Liberté, Égalité, Fraternité.

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« Liberté » pour le cas où les sous-officiers et soldats étrangers refuseraient tout engagement militaire. Ils auraient alors le libre choix de leur résidence, à condition que ce soit à l’intérieur du pays, tout en gardant, malgré tout, leur pension viagère ! Ceci étant le prix de « la générosité d’un peuple libre ». Mais en réalité, ils furent fortement incités à s’engager dans les armées françaises, les citoyens ne voulant pas les avoir à leur charge.

« Fraternité » en les répartissant avec égalité dans les différentes compagnies du corps où ils seront, le but étant « qu’ils puissent plus aisément former des liaisons d’amitié et de fraternité avec les défenseurs de la Constitution et de la Liberté Française ».

« Égalité » de traitement pour ceux qui « obtiendront pour leurs services, leurs actions d’éclat ou leurs blessures, les récompenses et les retraites accordées aux citoyens français », ces traitements et pensions étant versés par la même administration que pour les militaires français, la volonté de leur intégration étant ici patente.

La Convention Nationale fit répandre dans les rangs des armées ennemies ces décisions dans le but de provoquer un élan en faveur de la Révolution. Quel en fut l’impact auprès de simples soldats ennemis qui, pour la plupart, ne savaient ni lire ni écrire ? Difficile de le savoir. Cependant, une possibilité existe, car aussi bien les troupes françaises que celles ennemies étaient la proie de rumeurs qui pouvaient être à l’origine de mouvements de masse. Alors peut-être que, pour les troupes prussiennes et autrichiennes, l’idée de se rendre ou de déserter pouvait leur paraître préférable à leur situation désespérée, car elle leur donnait un espoir d’échapper à l’enfer qu’ils vivaient, et même la perspective d’une vie nouvelle.

Reconnus comme déserteurs étrangers, ils devenaient, conformément à la Loi du 3 Août 1792, « citoyens français » au cours d’une cérémonie officielle empreinte d’une certaine solennité qui avait lieu en deux temps : tout d’abord, devant le maire et les officiers municipaux de la commune où ils se trouvaient et ensuite devant des représentants du Conseil Général du District concerné. Dans la Marne, le « Registre contenant les déclarations des sous-officiers et soldats des armées ennemies qui ont abandonné leurs drapeaux pour venir se ranger sous ceux des Français » du district de Châlons relate avec force détails le déroulement de chaque comparution de déserteurs pour la période allant du 14 septembre 1792 au 11 octobre 1793, de nouvelles mesures mettant alors fin à cette pratique. C’est ainsi, par exemple, que comparut le 25 septembre 1792, devant le Conseil général de Châlons, un certain Jean François [3] :

« Aujourd’hui, 25 septembre 1792, l’An 1er de la République, est comparu par devant nous, maire et officiers municipaux de la commune de Châlons, département de la Marne, un particulier assisté de Georges Adam, sergent du 94e régiment d’Infanterie pour lui servir d’interprète, le sergent admis préalablement au serment de bien et fidèlement nous rendre sa déclaration, a déclaré s’appeler Jean François, natif de la Saxe, âgé de 26 ans, taille de 5 pieds 4 pouces et demi, cheveux et sourcils bruns, yeux noirs, nez petit, bouche moyenne, menton rond, visage rond, être déserteur du Régiment de Kinsky dans l’armée autrichienne, où il servait comme soldat, lequel nous a dit par l’organe de son interprète qu’il voulait embrasser la cause de la liberté et être admis au serment prescrit par la loi du 3 août 1792 et après avoir prononcé la formule, il a prononcé les mots : « je le jure ! » de tout nous lui avons donné acte.

Le Conseil Général du district de Châlons, département de la Marne, vu la déclaration et le procès-verbal ci-dessus a reconnu et admis le Sieur Jean François en qualité de Citoyen Français. Lui a fait délivrer un mandat de la forme de 50 livres pour la gratification accordée par la loi du 3 août 1792, article 3 aux sous-officiers et soldats de l’armée ennemie qui abandonnent leurs drapeaux pour se ranger sous ceux de la liberté. Lui réservant de se faire expédier un brevet de pension conformément à l’art. 2 de ladite loi où il aura fixé son domicile, étant maintenu sous les drapeaux de la liberté comme soldat du 94e Régiment d’Infanterie... »

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Encore « Déserteurs étrangers » ou déjà « Citoyens français » ? Il semblerait que l’ambiguïté au niveau de ces dénominations perdurera dans la vie quotidienne : citoyens lorsqu’ils étaient soldats au sein des troupes révolutionnaires, ils redevenaient déserteurs aux différentes étapes, car c’était aux municipalités de leur faire fournir nourriture, vêtements et couchage, comme par exemple, lors du passage à Ervy, le 25 février 1793, d’un déserteur en route pour Saint-Brieuc avec son régiment.

Mais, bientôt, les réalités du terrain s’opposent à cette gratitude :

Cet élan de générosité, quelque peu démesuré, ne devait pas tarder à se heurter aux dures réalités économiques du terrain, car ces mesures s’appliquaient, en premier lieu, dans une région affaiblie par les réquisitions et meurtrie par les combats. C’était elle, qui, en effet, se retrouvait en première ligne pour accueillir et entretenir les cohortes de prisonniers de guerre et de déserteurs étrangers, en attendant l’intervention des autorités centrales, de sorte qu’en particulier dans les campagnes, on ne voyait pas d’un bon œil ces nouveaux arrivants alors que l’on n’avait soi-même pas assez pour subvenir à ses propres besoins, et de vives tensions apparurent en de nombreux endroits.

Devant cette montée de la grogne, la Convention Nationale fut rapidement contrainte de tenir compte de la situation matérielle extrêmement précaire des départements de l’Est et, face aux incidents qui se multipliaient, elle rédigea des décrets de plus en plus restrictifs à l’encontre des déserteurs et prisonniers au fur et à mesure que le mécontentement, aussi bien du côté français que du côté étranger, menaçait de se transformer en soulèvement et ainsi, de mettre à mal tous les efforts pour assurer l’ordre public, un de ses objectifs prioritaires.

Début des mesures restrictives

Dès le 19 Août 1793, le Comité de Salut Public ordonnait que, lors des déplacements des prisonniers de guerre, « les officiers ne communiquent point avec les citoyens et que les soldats ne sortent point de l’enceinte des villes ». Etait-ce le désir d’éviter toute source de friction ?

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Et, le 6 septembre 1793, c’est-à-dire un an après la bataille de Valmy, la Convention dut prendre « des mesures de sécurité, relatives aux Etrangers qui se trouvent en France ». Ces mesures s’appliquant aussi bien aux prisonniers qu’aux déserteurs, la liberté dont ces derniers jouissaient jusque-là, se trouva soit purement ou simplement suspendue, car ils se retrouvaient alors « mis en état d’arrestation dans les maisons de sûreté », soit pour le moins limitée, car ils ne pouvaient plus « sortir ou se transporter nulle part sans être munis de leur certificat » prouvant leur civisme et leur attachement à la Révolution Française.

Le même jour, le Ministère de la guerre supprimait la pension viagère et la gratification attribuées en Août 1792, leur enlevant du même coup toute possibilité de subvenir par eux-mêmes à leurs besoins.

Et le 12 Frimaire An 2 (2 décembre 1793), la Convention prit des décisions plus radicales encore : « Aucun déserteur étranger ne sera admis à servir dans les Armées de la République », laissant au Comité de Salut Public « les moyens d’occuper utilement ces militaires étrangers ». Cette fois-ci, ils perdaient leur solde de militaire et devenaient totalement dépendants.

Il s’agissait maintenant de savoir ce que l’on allait faire de ces déserteurs étrangers que l’on chassait des armées et comment on allait les répartir dans les communes, car la finalité de ce changement d’attitude envers eux, était d’assurer l’ordre et la sécurité des citoyens.

Le décret du 29 Floréal An 2 (18 mai 1794) rappela cette intention de manière précise : « La répartition (....) est de la plus grande importance : disséminer ces hommes, empêcher les communications entre eux, les surveiller et leur ôter tous les moyens de nuire à la République », ajoutant même des instructions manuscrites en ce sens, car une hantise semblait habiter le pouvoir central : « ôter aux déserteurs étrangers tous les moyens de se rassembler et de devenir dangereux ou seulement inquiétants », et tout cela dans l’intérêt de la République et « en faveur du maintien de l’ordre et de la tranquillité auxquels le séjour des déserteurs étrangers et l’hospitalité qu’on leur donne, ne doivent porter aucune atteinte. » 

Deux mois plus tard, le 22 Messidor An 2 (10 juillet 1794), la Convention Nationale fut, à nouveau, contrainte d’intervenir en publiant un nouvel arrêté concernant les « Prisonniers de guerre et déserteurs ennemis », à noter qu’ici, « étranger » avait été remplacé par « ennemi », arrêté qu’elle remodela une semaine plus tard, le 29 Messidor An 2 (17 juillet 1794), suite à une restructuration des armées révolutionnaires, afin de définir avec précision ses intentions ; son but immédiat étant, comme toujours à cette époque, « de concilier les mesures déjà prises tant à l’égard des prisonniers de guerre qu’en faveur des déserteurs ennemis, avec ce qu’exige le maintien de l’ordre public et de la sûreté des citoyens ».

En préambule, la Convention tenta bien de se référer aux idées généreuses de 1792 : « (...) la Nation française, en accueillant les militaires étrangers qui ont abandonné les cohortes des tyrans, pour vivre sous l’empire de la Liberté, a employé tous les moyens que sa générosité lui a dicté, pour leur procurer à la fois l’hospitalité et la faculté de se livrer à des travaux utiles ; (...) cependant elle a lieu de remarquer que leur conduite en général ne répond pas aux vues bienfaisantes que la Convention a eues à leur égard, » les dispositions qu’elle décréta alors, n’étaient, en fait, qu’une reprise du décret du 12 Frimaire An 2 qui devait servir de base à tous ceux qui suivirent dans ce domaine, et cela, dans le but d’apporter des solutions concrètes aux problèmes que posaient ces étrangers.

Mais, comme il entrait dans cette catégorie des individus « d’une moralité plus suspecte », instigateurs de troubles, la Convention dut définir ce qu’elle entendait sous le vocable : « déserteur étranger » : « La loi du 12 Frimaire ne comprend sous la dénomination de déserteur de troupes ennemies, que les hommes qui, depuis le commencement de la guerre actuelle, sont passés des troupes ennemies sur le territoire de la république. » C’est-à-dire principalement ceux qui ont déserté durant la campagne dont la bataille de Valmy fut l’élément central.

Répartition des déserteurs étrangers à travers le pays

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Le premier point était, maintenant, de savoir combien de déserteurs étrangers étaient sous l’autorité de la Nation. Comme il ne s’agissait essentiellement que des seuls engagés militaires, cela s’avéra relativement facile à les recenser pour permettre leur « répartition dans les départements de l’intérieur de la République » en fonction de l’armée dans laquelle ils se trouvaient. Ainsi, par exemple, les déserteurs étrangers intégrés dans l’Armée de Sambre-et-Meuse, devaient être répartis dans les départements de la Marne, de la Meuse, de l’Aube, de la Haute-Marne, de l’Yonne, de la Nièvre et de l’Allier. Selon ce principe, déserteurs et prisonniers, car fréquemment, il y avait confusion entre les deux termes, étaient répartis dans les régions et départements correspondant approximativement au nom de l’armée dont ils dépendaient jusqu’alors.

Puis, au sein de chaque armée, les déserteurs, jusque-là soldats comme les autres, étaient désarmés et conduits dans un centre de regroupement où là, ils étaient sous surveillance militaire. Les centres de regroupement pour l’Armée de Sambre-et-Meuse étaient Mézières et Libreville, nom donné pendant quelque temps à Charleville. Chaque commissaire chargé d’effectuer la répartition devait, selon la volonté du Comité de Salut Public, leur annoncer « qu’ils cessent de faire partie des troupes de la république, et il leur fera sentir que, quoiqu’elle renonce à les avoir à son service, elle est encore assez généreuse pour ne pas leur refuser l’hospitalité. » Qu’il était loin l’esprit d’août 1792 !

Des quotas étaient fixés pour cette répartition, au début un déserteur pour 15 citoyens, mais rapidement, ce sera un pour 50 habitants avec un maximum de 30 déserteurs dans une même commune, dans le seul but d’éviter de trop grands regroupements d’étrangers.

Ensuite, ce commissaire effectuait une répartition par département, n’omettant pas de préciser aux responsables de chaque département « de prendre toutes les mesures de précaution et de sécurité que la prudence conseille » et ensuite, il envoyait les déserteurs étrangers par petits détachements, souvent une cinquantaine d’hommes, et sous bonne escorte dans le département déterminé où ils étaient mis dans un « dépôt » : ainsi, dans la Marne, les dépôts se situaient à « Reims, Sainte Menehould, Vitry-sur-Marne, Sézanne, Epernay, Châlons » et dans l’Aube, à « Nogent-sur-Seine, Arcis-sur-Aube, Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine, Ervy, Troies ». Puis, ils étaient répartis par district, et enfin par commune, chacun étant muni d’un « billet de garantie » établi lors de la répartition et sur lequel se trouvaient son signalement, son âge, profession et lieu de naissance.

À charge ensuite, aux agents nationaux de chaque district de répartir « chacun dans leur ressort le nombre de déserteurs qui leur seront envoyés en se conformant à toutes les dispositions », le général en poste étant chargé « des mesures nécessaires pour les faire conduire sous bonne et sûre escorte aux lieux (...) indiqués. » 43 déserteurs furent ainsi envoyés dans le canton de Marcilly-sur-Seine dans la Marne d’où 3 furent conduits à Esclavolles le 17 Fructidor An 2 (3 septembre 1794).

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Samuel GUISCH : de déserteur étranger à citoyen français

Dans la mesure où le déserteur Samuel Guisch mena une vie en tous points semblable à celle de beaucoup d’autres dans la même situation, il est possible, à partir de tout ce qui précède, de reconstituer le périple accompli par cet homme depuis son évasion des troupes hongroises en France jusqu’à son installation définitive à Esclavolles-Lurey. Son comportement peut être considéré comme l’exemple même de ce que la Nation française attendait des « déserteurs étrangers » qu’elle accueillait.

Plus concrètement, quelle existence mena Samuel Guisch, depuis son départ du Banat sous administration hongroise, aujourd’hui région de Timisoara en Roumanie jusqu’à son arrivée en « dépôt » à Esclavolles ?

Du Banat à Esclavolles-Lurey

Lorsqu’au début de l’été 1792, commencèrent les opérations militaires contre la France, Samuel Guisch, alors âgé de 21 ans et sans grande perspective d’avenir, quitta la région de Temeswar/Temeschburg, aujourd’hui Timisoara avec son régiment de supplétifs, régiment des paysans-soldats chargé d’épauler les troupes régulières, pour rejoindre le 37° Régiment d’Infanterie basé dans la province du Bihar en Hongrie. Il participa à l’offensive menée par le Duc de Brunswick à partir de la Lorraine, offensive qui fut stoppée à Valmy par les volontaires défendant « la Patrie en danger » et là, il tourna à tout jamais le dos à son Banat natal où le servage et les corvées venaient d’être officiellement abolis.

Durant les combats contre les troupes révolutionnaires, il déserta, peut-être à Valmy même, mais plus sûrement entre juillet et novembre 1792. Errant dans la campagne française, à la recherche de nourriture et sans trop savoir où il était, il fut « accueilli » soit par des soldats français, soit par des citoyens. Reçut-il la « cocarde aux trois couleurs » en signe d’amitié et de fraternité ? Ne parlant ni ne comprenant le français, il dut répondre par l’affirmative à leurs questions et plus particulièrement lorsqu’on lui demanda, comme cela était habituel, s’il voulait servir la République. Ainsi, il fut enrôlé dans l’Armée révolutionnaire stationnée à l’endroit où il se trouvait.
En devenant déserteur, c’était, pour lui, l’assurance d’une certaine liberté, mais aussi d’un certain confort matériel avec la pension viagère et la gratification. Car, comme nous l’avons vu précédemment, il dut d’abord comparaître devant le maire et les officiers municipaux de la commune où il avait été conduit. Au vu du Registre, ce ne fut pas à Châlons. Il y prononça la formule « je le jure » pour devenir Citoyen français et ensuite, il se présenta devant le Conseil Général du district concerné pour se voir remettre cette gratification et la pension, mais, avec en contrepartie, l’obligation de s’engager ou de rester dans les troupes révolutionnaires, car, en fait, c’était pour lui la seule véritable alternative qu’on lui laissait. Et ainsi, il se retrouva dans un régiment français, avec face à lui, les troupes austro-prussiennes. A-t-il eu à les combattre ?
Quoi qu’il en soit, sa nouvelle situation de déserteur étranger lui procura durant les années 1792-1793 des avantages qui lui permirent de subvenir à ses besoins.
Mais, le 6 septembre 1793, ses conditions d’existence commencèrent brusquement à se dégrader, dégradation qui, avec le temps, s’accentua. Ce 6 septembre, il fut mis un terme à sa liberté, et comme les autres, il dut se retrouver sous bonne garde « en état d’arrestation » au sein de sa garnison, et il perdit, du même coup, pension et gratification, pour ne conserver que sa solde de soldat.

Puis, avec le décret du 12 Frimaire An 2 (2 décembre 1793), le changement fut plus radical encore. Il lui était maintenant impossible de continuer à « servir dans les Armées de la République » : désarmé et mis sous surveillance au sein de son régiment, il fut envoyé sous bonne escorte à Libreville ou Mézières, centres de regroupement des déserteurs dans l’Armée de Sambre-et-Meuse. Le Commissaire chargé d’effectuer leur répartition, l’envoya dans le dépôt de Châlons puis, avec 42 autres déserteurs, dans le canton de Marcilly-sur-Seine qu’il quitta, le 17 Fructidor An 2 (3 septembre 1794) pour Esclavolles avec deux autres compagnons d’infortune : Alexandre Maldon et Marc Smilianisch.

À Esclavolles avec ses deux compagnons :

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Arrivés à Esclavolles, ces trois déserteurs furent installés dans le presbytère par le maire qui se chargea de leur approvisionnement, car la facture du pain qui leur fut fourni entre le 17 Fructidor et le 5 Sans-culottide An 2 (21 septembre 1794) confirme leur présence dans cette commune.

Quel était leur état d’esprit en arrivant à Esclavolles, et plus particulièrement celui de Samuel Guisch ? Rien ne l’indique, mais il semble que le sien et celui de ses deux compagnons étaient bien différents, tout comme leurs futures destinées. Si lui semble s’être laissé porter par les événements en essayant d’en tirer le meilleur profit possible, peut-être même sans grand contact avec eux, les autres tentèrent rapidement de forcer le destin pour retourner au pays. Ces comportements diamétralement opposés sont caractéristiques de la situation qui régna durant toutes ces années au grand damne des différentes administrations.

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Samuel Guisch trouva rapidement « les moyens de (s)’occuper utilement » en effectuant des travaux agricoles, retrouvant ainsi le mode de vie qu’il menait dans son pays natal et par là même, facilitant son installation. Ses deux compagnons n’y trouvèrent pas l’existence qu’ils escomptaient. Le 13 Frimaire An 3 (3 décembre 1794), soit deux mois après leur arrivée, d’un commun accord, ils décidèrent de déserter, désertion que, conformément aux dispositions en vigueur, le maire d’Esclavolles déclara immédiatement à l’administration du Directoire du district de Sézanne.

Le procès-verbal qu’il rédigea, donne, outre une description des événements, un aperçu sur la vie de Samuel Guisch :

« Aujourd’hui, 13 Frimaire An 3 de la République une et indivisible, heure de dix du matin, (...) s’est présenté le citoyen Antoine Larible (...) au citoyen Claude Thierry, officier municipal, qui lui aurait dit qu’il croyait que les trois déserteurs étrangers en dépôt dans le presbytère de cette commune étaient partis. (…) Après plusieurs informations, ils auraient appris que ledit Samuel était à battre à la journée chez le citoyen Edme Dumay de Lurey et aussitôt aurait fait avertir ledit Samuel et s’étant présenté, nous a dit, suivant ce qui est apparu dans son langage que ses deux compagnons étaient partis avec leur butin. Ces deux déserteurs se nomment, suivant leur billet de garantie, à savoir 1° Alexandre Moldan, natif de Hongrie, (…) 2° Marc Smilanisch, natif de Croatie, (…) lesquels après plusieurs informations faites, avons présumé que les dits Alexandre et Marc étaient évadés de notre commune ».

En fait, ces deux fuyards n’eurent guère le loisir de jouir bien longtemps de la liberté retrouvée. Dès le 16 Frimaire An 3 (6 décembre 1794), c’est-à-dire trois jours plus tard, ils furent interrogés par l’officier chargé de la police des prisonniers dans le dépôt d’Arcis-sur-Aube où ils avaient été placés avec quatre autres déserteurs, suite à leur arrestation commune à Chauchigny dans l’Aube, les autres s’étant évadés de Conflans-sur-Seine et de La Celle, tous provenant du district de Sézanne.

Le rapport rédigé par cet officier donne une idée des arguments généralement avancés par les déserteurs étrangers pour fuir des communes où ils étaient en dépôt :

« Aujourd’hui, seize frimaire de l’an 3e de la République française une et indivisible ; moi, officier chargé de la police des prisonniers de guerre cantonnés en cette commune, je me suis transporté en la maison d’arrêt dudit lieu sur l’invitation qui m’a été faite par l’agent national du district, à l’effet d’y interroger six déserteurs étrangers qui ont été arrêtés dans la commune de Chauchigny (....)
Interrogé les trois premiers pour savoir leurs noms et prénoms.
Ont dit s’appeler le premier Paul Anglerrate ; le deuxième Charles Berber ; le troisième Antoine Tourcht.
À eux demandé de quel endroit ils s’étaient évadés.
Ont répondu qu’ils s’étaient évadés de la commune de Conflans, district de Sézanne, où ils étaient cantonnés.
À eux demandé quelle était la cause pour laquelle ils s’étaient évadés.
Ils ont répondu qu’on ne leur donnait pas de pain ainsi que d’autres effets en habillement dont ils ont le plus pressant besoin.
Interrogé les troisième et quatrième pour savoir leur nom et prénom. Ils ont dit s’appeler le 3° Margotte Schmilanisch, et le 4° Alexandre Mouldevant.
À eux demandé de quelle commune ils sont évadés, ont répondu qu’ils s’étaient évadés de la commune d’Esclavolles, district de Sézanne où ils étaient cantonnés.
À eux demandé pourquoi ils s’étaient évadés, ont répondu le 3° que c’était à cause qu’il se trouvait tout nu et qu’on ne lui donnait pas d’effets en habillement et le 4° parce qu’il ne pouvait pas vivre en bonne intelligence avec ses camarades. 
Interrogé le sixième pour savoir ses nom et prénoms, a dit s’appeler Fois Serenne.
À lui demandé de quelle commune il s’était évadé.
À répondu qu’il s’était évadé de la commune de la Celle, district de Sézanne où il était cantonné
À lui demandé pour quelle cause il s’était évadé de cette commune.
À répondu que c’était parce qu’on ne lui donnait pas son nécessaire tant en subsistance qu’en effet d’habillement.
De l’interrogation ci-dessus (.....), j’ai clos et arrêté le présent pour être remis à l’agent national du district pour, par lui, être pris telle mesure qu’il appartiendra. »

Dans cette évasion, il est à remarquer que les deux déserteurs venant d’Esclavolles et les trois de Conflans-sur-Seine, faisaient partie du même groupe arrivé dans le canton de Marcilly-sur-Seine le 17 Frimaire An 2, en même temps que Samuel Guisch ! Il semblerait donc que contrairement aux souhaits de la Convention qui voulait « disséminer ces hommes pour empêcher les communications entre eux » et leur ôter tout moyen de rassemblement, il y ait eu, pour le moins, une certaine connivence entre eux, car comment justifier autrement le fait qu’ils s’évadent le même jour pour se retrouver et poursuivre leur route ensemble. 

Qu’advint-il d’eux ? Aucun élément ne permet de savoir ce que l’Agent national du district d’Arcis-sur-Aube décida à leur encontre, mais il se pourrait que, par commodité, ceux-ci aient été renvoyés dans les communes où ils étaient cantonnés, car les états des dépenses pour les déserteurs étrangers dans les communes du district de Sézanne font apparaître pour Conflans huit déserteurs et pour Esclavolles deux déserteurs pour la période allant du 17 Frimaire au 30 Prairial An 3 (du 7 décembre 1794 au 18 juin 1795), leur brève évasion ne semblant pas avoir été prise en compte.

Son mariage : symbole d’une intégration réussie :

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Mais pourquoi ne sont mentionnés que deux déserteurs dans les états des dépenses d’Esclavolles ? Tout simplement parce que Samuel Guisch arrivait déjà, à cette époque, à subvenir par lui-même à ses propres besoins. Le produit de son travail lui permettait d’assurer aussi bien son entretien que sa nourriture, la commune n’avait donc plus à faire d’avance pour le pain ou de prêt pour l’habillement. Nous pouvons considérer que Samuel Guisch, depuis son arrivée à Esclavolles, s’était comporté en déserteur étranger modèle dans la mesure où il s’était parfaitement conformé aux décisions prises par la Convention, et ce, aussi bien dans la forme que dans l’esprit.

Son installation à Esclavolles devait même se transformer rapidement en intégration avec son mariage. Cette union entre un déserteur ou un prisonnier et une Française, bien que pas très fréquente, faisait partie de la vie normale dans les communes.

À la suite d’une demande adressée par la municipalité de Meaux au Ministère des Armées à ce sujet, la réponse que leur adressa le Commissaire-Ordonnateur est symbolique de l’esprit et de la conception du terme « Liberté » à cette époque :
« La Commission de l’Organisation et du mouvement des Armées de terre à laquelle j’ai donné connaissance (…) de l’union que désire contracter avec une Citoyenne Française un prisonnier de guerre étranger, m’a répondu, le 21 de ce mois (21 Prairial An 2), qu’aucune loi ne s’opposant à ses sortes d’alliance, le prisonnier hongrois, qui se trouve en ce moment à Meaux, peut former le nœud qu’il jugera convenable, en remplissant les formalités ordinaires et en s’adressant à la municipalité de ce lieu ».

Et, seulement six mois après son arrivée, Samuel Guisch, alors âgé de 23 ans, épousa le 26 Ventôse An 3 (16 mars 1795) à Conflans-sur-Seine, Geneviève Thierry, âgée de 26 ans. Leur union dut être facilitée par le fait que Claude Thierry, frère de Geneviève, exerçait la fonction d’officier municipal et en tant que tel était chargé de la surveillance des trois déserteurs. De plus, ce même jour, il travaillait chez Edme Dumay, témoins à son mariage qui lui aussi avait des liens parentaux avec cette même famille Thierry. Tout se passe comme si la famille Thierry l’avait pris en charge dès son arrivée et était, avant l’heure, devenue sa nouvelle famille.

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Mairie de Lurey
Aquarelle de B. Hazouard -Collection de J-L. Fontanières

L’acte de mariage établi lors de la cérémonie est un parfait résumé de sa situation présente : « Aujourd’hui, vingt-sixième jour du mois de Ventôse troisième an de la République une et indivisible, à huit heures du matin, par devant nous, Nicolas Claude Socard, membre du Conseil municipal de la commune de Conflans-sur-Seine (....) sont comparus en la salle publique de la Maison commune pour contracter mariage Samuel Riste, journalier, âgé de 23 ans, déserteur en France du pays d’Hongrie, ville de Thermestate, actuellement domicilié en la commune d’Esclavolles, département de la Marne, fils du défunt André Riste, laboureur, et de Marie Aume, ses père et mère du pays d’Hongrie, d’une part et Geneviève Thierry, âgée de 26 ans, fille d’Edme Thierry, vigneron, âgé de 67 ans, et de Geneviève Jeanson, âgée de 66 ans, ses père et mère, domiciliée dans la commune de Lurey réunie à la municipalité de Conflans-sur-Seine, département de la Marne, d’autre part (…) ». Parmi les documents fournis lors de cette cérémonie, figure « l’acte de naissance de Samuel Riste, traduit en langue française qui constate qu’il est né le 4 juin 1771 de légitime mariage entre André Riste et Marie Aume, domiciliés en la ville de Thermestate en Hongrie (…) »

Les extraits de cet acte appellent plusieurs remarques :

Tout d’abord, sa profession : journalier prouve que, bien que déserteur étranger, il menait une activité quasi régulière dans la commune, fort probablement chez Edme Dumay, le cultivateur chez qui il était lors de l’évasion de ses deux compagnons.
Quant à la mention « déserteur en France du pays de Hongrie » représente sa situation administrative dans la commune, car bien que citoyen français, il continuait à se déplacer dans la commune avec la lettre E cousue sur les deux manches de son habit. Avec son mariage, cette mesure humiliante ne lui sera plus imposée.
Et ensuite, il est fait mention d’un acte de naissance « traduit en langue française ».

Il est fort improbable que Samuel Guisch ait pu présenter ce document, mais la municipalité de Conflans-sur-Seine a dû se servir du décret de la Convention Nationale en date du 14 septembre 1793 qui prévoyait le cas d’impossibilité « dûment constatée » de fournir cet acte indispensable au mariage afin de prouver que l’âge requis était atteint. Dans ce cas, il suffisait de faire établir un acte de notoriété selon le mode décrit par ce décret :

« L’acte de notoriété sera délivré par le juge de paix du lieu de la résidence actuelle de la personne qui voudra se marier, sur la déclaration de trois de ses parents, résidant dans le même lieu, ou à leur défaut, de trois de ses voisins ou amis. »

C’est sans aucun doute ce qui se produisit, et ceci d’autant plus facilement, que parmi les témoins à son mariage, se trouvaient, entre autres Claude Thierry, officier municipal et Edme Dumay, agent national, puis procureur pour la commune de Lurey. Et l’acte fut établi à partir des seules déclarations de Samuel Guisch traduites en français « suivant ce qui est apparu dans son langage », comme lors de son récit de l’évasion de ses anciens compagnons, récit fait seulement trois mois avant le mariage, par des personnes retranscrivant ce qu’elles comprenaient.

Avec son mariage, Samuel Guisch s’installa définitivement à Lurey, y devenant un citoyen français à part entière, son patronyme se francisant rapidement en Samuel Guiche. Déjà fortement intégré au sein de la commune, il devint un habitant de Lurey qui y mena une vie somme toute semblable à celle des autres habitants, se fondant ainsi totalement au reste de la population. Il y restera jusqu’à sa mort, le 6 septembre 1840.

Est-ce par reconnaissance pour avoir été accueilli par la Nation française, ou bien par fierté d’être devenu français, lui, l’étranger, ou même par adhésion aux événements politiques d’alors ? Toujours est-il qu’à la naissance du second fils en 1807, il le prénomma Simon Samuel Napoléon, ce dernier prénom devenant celui communément usité.

Si nous nous plaçons dans l’optique de la Convention Nationale, Samuel Guiche mena en France la vie telle que celle-ci l’avait imaginée. C’est-à-dire qu’entre le moment où il déserta des troupes ennemies pour être recueilli sur le sol français et jusqu’à son arrivée à Esclavolles, sa vie fut semblable à celle de tous les autres déserteurs, respectant mais aussi bénéficiant des mesures prises par les différentes autorités. Nous pouvons, par contre, considérer que son existence en tant que déserteur étranger à Esclavolles eut un caractère tout à fait exceptionnel. Car du 17 Fructidor An 2 (3 septembre 1794), jour de son arrivée, au 26 Ventôse An 3 (16 mars 1795), jour de son mariage, soit en un peu plus de 6 mois, et probablement grâce à un fort désir d’intégration, mais aussi aux conditions très favorables qu’il y rencontra, il trouva sa place parmi une communauté qui l’adopta comme un des leurs. Il y mena, malgré son statut, une existence loin de toutes les turbulences et les avatars que la très grande majorité de ses semblables connut. Protégé par sa famille « d’accueil », il fut soumis aux mêmes privations qu’à celles des habitants avec qui il vivait. Lui fut ainsi épargné le funeste destin que vécurent nombre d’étrangers répartis sur le sol français, qu’ils soient déserteurs ou prisonniers, destin marqué par les pénuries et la famine qui sévissaient alors sur la plus grande partie du territoire.

- Pour lire la suite : L’Aube face à ces nouveaux arrivants...

Notes

[1La commune d’Esclavolles-Lurey dans la Marne est née en 1880 de la fusion des deux communes voisines Esclavolles et Lurey, chacune ayant sa propre municipalité. Durant la Révolution, Lurey devint un hameau dépendant de Conflans-sur-Seine jusqu’en 1797. Particularité, si Lurey a une mairie, c’est à l’église d’Esclavolles qu’avaient lieu les cérémonies religieuses.

[2La présence de femmes et même d’enfants était courante dans les troupes austro-hongroises ; femmes de soldat, elles devaient assurer l’intendance et soigner les blessés.

[3Comme couramment durant cette période, son prénom avait été francisé et son nom retranscrit phonétiquement : ainsi, pour d’autres, Johannes PLANKEN devint Jean BLANQUE, ou Johann ROSENEAL, Jean ROSIVAL, ou Christoph MEYER, Christophe MAIRE, etc... Samuel GUISCH devint rapidement Samuel GUICHE, voire même Samuel KISTE en fonction de ce que l’agent municipal comprenait.

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44 Messages

  • La Révolution Française et ses étrangers 21 septembre 2012 15:30, par Jacques Dupé

    Ah, l’Histoire a ce parfum de petites histoires exquises !
    Merci pour cet article.

    Répondre à ce message

  • La Révolution Française et ses étrangers 22 septembre 2012 07:18, par Chantal BOBELICOU

    Bonjour,
    Article passionnant que je découvre avec un plaisir immense.
    J’ai dans mes ascendants un déserteur né à Vienne .Je ne connais pas son histoire.
    Celà m’aide à comprendre.
    Peut être pourriez vous s’il vous plait me donner une piste
    pour en connaitre davantage.
    Y a t ’il une liste de déserteurs,des documents.
    Merci infiniment.
    Cordialement

    Répondre à ce message

    • La Révolution Française et ses étrangers 22 septembre 2012 11:28, par Robert

      Bonjour, comme Chantal je serais très intéressé par l’évocation des sources, précises, que vous avez utilisées pour retracer ce parcours car, moi aussi, je souhaiterais éclaircir le parcours d’un prisonnier de guerre.

      Répondre à ce message

  • Voilà tout ce que j’aime dans la généalogie : rappeler que l’Histoire est faite par les hommes ; quel superbe article, extrêmement bien documenté ; on imagine le travail qui a été fourni pour parvenir à un tel résultat ; merci de nous l’avoir fait partager ; j’ai hâte de lire la suite.

    Répondre à ce message

  • La Révolution Française et ses étrangers 22 septembre 2012 08:27, par serval

    Bonjour

    L’article sur la Révolution Française et ses étrangers m’a beaucoup intéressée.

    J’ai peut-être aussi un encêtre Serval déserteur. Ce patronyme
    est présent en 1792 dans :
    - les Ardennes
    - la Meuse
    - la Marne/haute Marne
    - la Moselle la Meurthe et Moselle etc...
    Monique Serval

    Répondre à ce message

  • La Révolution Française et ses étrangers 22 septembre 2012 12:08, par deniau

    Félicitations, article très intéressant
    Depuis 20 ans je cherche à élucider le mystère de l’arrivée de l’ancêtre de ma femme, disant venir de Bohème mais d’un village près de Prague , mais inconnu sur place , marié en 1800 à Ville en Tardenois (Marne)
    Je serai aussi intéressé pour connaitre les moyens pour aller plus loin dans ces recherches
    cordialement

    Répondre à ce message

  • La Révolution Française et ses étrangers 22 septembre 2012 13:39, par galboud

    bonjour

    merci pour cet article qui m’intéresse beaucoup.
    mon ancêtre « Alexis Kerckes » né à Pata Hongrie, a été prisonnier de guerre en France. Il a épousé une française le 30 avril 1806 à Anneyron Drôme.

    comment peut on avoir des détails sur la vie militaire de ses prisonniers, listes, ect

    merci beaucoup
    AM Galboud

    Répondre à ce message

  • La Révolution Française et ses étrangers 22 septembre 2012 16:56, par Henri-Claude Martinet

    Merci pour les encouragements.

    Permettez-moi une réponse globale aux demandes de renseignements :

    La recherche de documents :
    -  Tous les documents concernant les déserteurs et les prisonniers sont classés par les Archives dans la série L (mais ne pas se fier aux titres sur les chemises,car les deux sont mélangés)
    -  Pour les déserteurs, ils passaient par Charleville ou Mézières avant d’être envoyés dans un département.
    -  Pour les déserteurs et prisonniers, on peut trouver là où ils échouaient, des listings avec un N°d’immatriculation, grade, origine, âge, ……..
    Parfois, on arrive avec ce N° à les suivre, car à chaque étape était établie une liste.
    (Ainsi, j’ai pu suivre le frère de S. Guiche, parti de Belgique, passant près de Troyes, pour finalement disparaître, car tous les listings étaient regroupés)
    Comme ils étaient répartis dans toute la France, seule la chance permettrait de le retrouver.
    -  Documents à l’étrangers et documents militaires étrangers : Pour la Hongrie et la Roumanie, il
    existe des sites spécifiques à une région ou certaines communes qui donnent des indications généalogiques sur les familles (à partir de google.de). Les documents militaires sont plus difficiles à trouver, surtout pour les simples soldats ! Les Archives Nationales autrichiennes ne répondent pas en général.

    -  Autre source d’information : les feuilles (nominatives) de frais établies dans chaque commune
    tous les mois durant plusieurs années : elles permettent d’avoir un aperçu de leur vie : travail, prison, évasion, départ, mariage, ……

    -  Et parfois avec de la chance, un document établi par les autorités concerne la personne recherchée !

    Personnellement :
    Je suis parti du mariage de S. Guiche à Esclavolles-Lurey et aux Archives de la Marne, j’ai pu remonter
    jusqu’à son arrivée, mais pas à sa désertion. Peut-être que si je consultais les Archives le long du chemin suivi par Brunswick …..
    Mais, il y a une grande différence dans la richesse des documents mis à disposition par les Archives tributaires de la conservation faite dans les communes………

    En conclusion, ne pas perdre courage, consulter les documents à plusieurs reprises (faire des PN) et surtout …….. beaucoup de chance ! (comme moi avec le frère, uniquement grâce à son N° !)

    Répondre à ce message

    • Merci pour la communication de toutes ces informations.
      Pour ma part,j’ai rencontré avec internet des personnes formidables qui avaient déjà fait des recherches.
      Je ne suis pas sur place.
      Mon ascendant s’est marié avec une française à Torcy le Grand.
      Ils ont fondé une grande famille.
      Il est décédé à l’age de 85 ans.
      Ainsi,avec cet article,je peux imaginer un peu plus la vie de cet homme.
      Cependant je possède la succession de sa femme

      J’espère trouver à l’avenir d’autres documents .
      Encore Merci pour ce partage

      Répondre à ce message

      • La Révolution Française et ses étrangers 23 septembre 2012 09:20, par Henri-Claude Martinet

        Torcy-le-Grand faisant partie du Canton d’Arcis-sur-Aube, je peux -peut-être- vous donner quelques renseignements complémentaires, car c’est sur Arcis qu’il y a le plus de documents.
        Si vous le souhaitez, je peux essayer, mais il me faudrait le nom de votre ancêtre et la date de son mariage à Torcy.
        Il faudrait qu’il soit un prisonnier ou déserteur de la première heure,pas des guerres de Napoléon.

        Répondre à ce message

        • Bonjour,

          Toute la descendance se trouve à Torcy le Grand.
          Je vous remercie sincèrement de votre attention.
          Il s’agit de Michel THEIL marié le 16 .07.1795 à Torcy le Grand.
          Il est né à Vienne le 9.11.1769
          Il se peut qu’il se nommait TILL.
          Je possède seulement la photo des archives de son mariage ,de sa
          succession,la liste des prénons de ses enfants (11).
          J’ai pu ainsi avec l’aide d’autres « Généanautes »que je remercie encore ici
          effectuer une descendance.
          Mais réaliser l’ histoire de vie me passionne.
          Ce serait une grande chance de pouvoir se procurer d’autres documents.Cela
          pourrait correspondre
          avec vos archives.

          Très reconnaissante du temps que vous accordez à cette recherche.

          Cordialement

          Répondre à ce message

      • La Révolution Française et ses étrangers 23 septembre 2012 09:31, par Henri-Claude Martinet

        En consultant mes archives, je dispose pour Torcy-le-Grand de la liste des Déserteurs étrangers du 29 Thermidor An 2, matricule 1081 à 1090.

        Répondre à ce message

      • La Révolution Française et ses étrangers 23 septembre 2012 17:53, par Henri-Claude Martinet

        Il est enregistré sous le nom de Michel TELLE, numéro 1087,
        à Torcy-le-Grand le 29 Thermidor An 2,
        enregistré à Troyes le 3 Fructidor An 2.

        Si je découvre autre chose, je vous l’envoie.

        Répondre à ce message

    • La Révolution Française et ses étrangers 23 septembre 2012 12:28, par gautron

      Bonjour , effectuant des recherches pour une belle-soeur , elle m’avait parlé d’un ancêtre russe7/1799 (30 messidor an 7) à Sainte Livière (marne) marie Marguerite Loisy épouse « joseph france se disant hongrois et déserteur étranger, résidant dans le canton d’hauteville depuis 3 ans et actuellement demeurant à Landricourt même canton département de la marne agé de 23 ans fils de joseph france chapellier demeurant à Tourne en hongrie et de marie anne Anius » . Je n’ai pas réussi à savoir quel était le nom actuel de la ville de Tourne et si elle se trouvait en Hongrie

      Répondre à ce message

      • La Révolution Française et ses étrangers 23 septembre 2012 16:49, par Henri-Claude Martinet

        Bonjour,
        En réponse à vos interrogations :
        Dans les Archives marnaises, je n’ai pas trouvé de listing de déserteurs ou prisonniers.Mais, mes recherches étaient très ciblées.

        Dans l’Aube, il n’y a aucun listing pour les prisonniers russes. Ce sont des prisonniers de la Xe vague. Peut-être que ce sont les autorités militaires qui les ont établis ?? si il y en a eu.

        Son lieu d’origine peut être son lieu de naissance, mais aussi là où il a séjourné en dernier ou même la ville de son régiment, ce qui peut arriver pour un étranger (Russe) incorporé dans les troupes -ici- hongroises, donc inconnu car aucun acte d’état civil. Chacun répondait et interprétait comme il pouvait.

        Quant à la ville, Tourne, c’est ce que le Français a compris (pensez à l’accent de votre ancêtre) -chez moi aussi, la ville indiquée n’existe pas exactement-.
        Une hypothèse : en cherchant sur Google.de et en demandant « Ungarn Städte », j’ai trouvé « Thur » qui se prononce en français Tour et la province « Tolna ». Mais très aléatoire !

        Une autre piste : cet ancêtre a eu des enfants et en remontant les différentes branches et les recensements, on peut arriver à avoir un renseignement ! Chez moi, vers 1845, dans un recensement.

        Répondre à ce message

      • Il y a Thorn en Prusse orientale, actuellement Toruń en Pologne, mais ce n’est pas du côté de la Hongrie, sauf si à l’époque on a écrit ce qu’on a cru comprendre.

        Répondre à ce message

  • La Révolution Française et ses étrangers 23 septembre 2012 21:27, par Bernard LELOUP

    Article remarquable, c’est captivant.
    La bataille de Valmy a capté mon attention, je viens de lire « lettres à Pauline » où Gaston Lévis raconte dans plusieurs de ses lettres à sa femme Pauline sa campagne militaire de septembre 1792 avec les armées coalisées. On y retrouve ces rumeurs qui courent dans l’armée et l’extrême pauvreté des habitants dépouillés de tout par les belligérants.

    Merci pour ces récits très documentés.

    Samuel Guisch parlait-il allemand voire même français ? Sa région d’origine, dépeuplée après la reconquête sur les Ottomans fut repeuplée à partir de 1720 entre autre par des Allemands qui vivaient dans des villages allemands mais repeuplée également par des Français qui avaient leurs villages francophones.

    Répondre à ce message

    • La Révolution Française et ses étrangers 24 septembre 2012 10:34, par Henri-Claude Martinet

      Samuel GUICHE ne parlait qu’allemand, au moins au début et je pense avec un très fort accent, accent qu’il donna probablement en héritage à ses enfants, car en 1840, un petit-fils est mentionné comme Hongrois !

      Son Banat a été repeuplé essentiellement de Donau-Schwaben qui croyaient y trouver un nouvel âge d’or grâce aux privilèges accordés, mais ce fut la maladie, la famine et la mort.
      Si le nom de sa mère : André, retrouvé dans un document, était exact, elle serait originaire de la Lorraine, Lunéville, ...., car une colonie de peuplement existe, on en retrouve des traces à Triebswetter.

      Répondre à ce message

  • La Révolution Française et ses étrangers 23 septembre 2012 21:46, par Claudine Attia

    Bonsoir Henri Claude, bonsoir à tous

    j’ai lu cet article avec grand intérêt car moi aussi j’ai un ancêtre allemand Joseph GREGER, qui apparait en 1797 dans un village du Nord, Capelle sur Ecaillon.
    Il se marie avec une fille du village, Catherine CORDIER (pas encore trouvé le mariage), et ils ont 5 enfants qui naissent tous au village
    Joseph devait être très intégré puisque il est cité dans plusieurs actes à partir de 1798 jusqu’en 1811, comme témoin et garde-champêtre. Il est un peu plus agé que les déserteurs que vous citez, puisque né vers 1754
    Il décède à Paris en 1837 à l’hopital Cochin, et c’est dans ce dossier que j’ai trouvé son lieu de naissance, soit MUHLACKER en Bavière

    Ce qui m’intéresse, c’est de reconstituer son itinéraire avant d’arriver dans ce village. A-t-il été envoyé d’office, ou est-il arrivé de son plein gré ?
    Y avait-il des « étrangers » dans le département du Nord ?
    Comment trouver trace de l’acquisition de la nationalité française ?
    (pour le Nord pas de recensement sauf 1906)

    Merci si vous pouvez m’aider,
    cordialement,
    Claudine

    Répondre à ce message

    • La Révolution Française et ses étrangers 24 septembre 2012 10:23, par Henri-Claude Martinet

      Votre question amène plusieurs réponses :
      Le mariage : il se peut que vous le trouviez au chef-lieu du canton dont dépend Capelle. (! attention à l’écriture du nom). C’est ce qui s’est produit pour S. Guiche.
      Les déserteurs et prisonniers étaient répartis d’office dans le centre où ils étaient cantonnés au fur et à mesure des « arrivages ».
      Les lieux de rassemblement pour les Armées du Nord :
      pour les prisonniers : Amiens et les déserteurs : Arras.(Voir aux Archives du Nord si plus d’infos)
      La nationalité : au début (1792- ...., elle était donnée selon le principe décrit dans l’article, sans aucun problème. A partir de 1796, une législation apparaît, mais ne concerne plus les déserteurs, car tous Français. Sont déserteurs, seulement ceux de « Valmy ».

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  • La Révolution Française et ses étrangers 24 septembre 2012 15:58, par andré BREGERAS

    Bonjour,Henri-Claude,

    Quel travail minutieux et bien documenté autant que précis, c’est un régal de vous lire ! Merci.AB

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  • La Révolution Française et ses étrangers 25 septembre 2012 10:04, par Michèle

    Bonjour,
    Merci pour cet excellent article.
    J’ai parmi mes ancêtres Joseph Sonneck.
    Il s’est marié à La Houssoie dans l’Oise le 21 brumaire de l’an 4 (12 novembre 1795). Dans le registre d’état civil il est écrit ceci : « déserteur autrichien âgé de vingt-trois ans étant resté domestique en qualité de chartier environ dix-huit mois dans cette commune de ....... à Berneuille fils de Jean Sonneck son père et de Lincäk sa mère suivant ce qu’il a déclaré ses père et mère demeurant dans la commune ... croulk canton d’Holmilk... »
    Il est décédé chez son fils à Sérifontaine dans l’Oise le le 15 décembre 1833. Dans le registre il est noté : né en la commune d’Ecroulk, canton d’Olmek fils de feu Jean Sonneck et de feue Luciale,...
    Je ne suis pas arrivée à localiser son village d’origine en Autriche. Où pourrais-je m’adresser pour en savoir plus sur Joseph Sonneck ?
    Cordialement
    Michèle

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    • La Révolution Française et ses étrangers 25 septembre 2012 10:28, par Henri-Claude Martinet

      Bonjour,

      Votre message m’apporte une confirmation concernant son état civil lors de son mariage : « suivant ce qu’il a déclaré .... », donc au début, du moins, il n’y avait aucun acte de notoriété d’établi officiellement, les autorités communales suffisaient.

      Souvent, ils se mariaient là où ils étaient cantonnés. Peut-être qu’aux Archives de l’Oise, vous arriveriez à trouver un listing d’enregistrement à son arrivée dans l’Oise ou lors de la répartition dans les communes (l’écriture du nom peut variée, mais pas le prénom).
      Il devait faire partie de l’Armée du Nord. Il y a dans l’Oise un chef-lieu de district : Breteuil qui recevait les Déserteurs et prisonniers.
      Bon courage.
      H-Cl. Martinet

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  • La Révolution Française et ses étrangers 25 septembre 2012 19:58, par tcrown

    Bonjour et merci pour votre article !
    Je suis sur la trace de deux prisonniers autrichiens qui se sont mariés à Aubigny (Cher). Je crois que le département du Cher était une des destinations possibles dans la répartition des prisonniers de l’Armée du Nord en 1794. Pouvez-vous m’en dire plus en particulier sur les districts choisis pour l’accueil des prisonniers ?
    Merci de votre réponse.
    Pierre

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    • La Révolution Française et ses étrangers 26 septembre 2012 11:22, par Henri-Claude Martinet

      Bonjour,

      Effectivement, les Prisonniers et déserteurs dirigés vers le Cher provenaient de l’Armée du Nord.
      Les districts pour la répartitions étaient :
      Aubigny, Sanièvre, Bourges, Samoins, St-Amand, Chât. Meillant et Vierzon.
      Je pense qu’aux Archives, vous devriez pouvoir trouver ou un listing avec leurs noms ou des feuilles de frais de la commune où ils étaient.

      Bonnes recherches.
      H-Cl. Martinet

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      • La Révolution Française et ses étrangers 26 septembre 2012 18:22, par tcrown

        Merci pour votre réponse. Au cours de vos recherches, avez vous pu vous faire une idée du nombre de prisonniers affectés dans le département que vous avez étudié ? A titre de comparaison, Frédéric Jarousse dans son étude (Auvergnats malgré eux. Prisonniers de guerre et déserteurs étrangers dans le Puy-de-Dôme pendant la Révolution française) parle de 500 prisonniers en 1794 affecté dans le Puy-de-Dôme.
        Pierre

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  • La Révolution Française et ses étrangers 28 septembre 2012 13:36, par Pierrick Chuto

    Bonjour monsieur
    venant seulement de lire votre article,je ne peux que me joindre au concert de louanges qui va rendre jaloux les autres auteurs de ce site qui n’ont pas autant de messages de félicitations.J’en sais quelque chose !!!
    J’ai beaucoup étudié la Révolution française pour écrire mon deuxième livre, mais il y avait fort peu de déserteurs dans le canton que j’ai étudié en Basse-Bretagne.
    Avez vous publié un ou des ouvrages ?
    Bien cordialement

    Pierrick Chuto

    http://www.chuto.fr/

    Voir en ligne : http://www.chuto.fr

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  • La Révolution Française et ses étrangers 29 septembre 2012 10:41, par GENINA Christian

    Récit passionnant qui montre la dureté de ces temps ...
    De mon coté, mon ancêtre direct a quitté un village près de Salluzo en Piémont en 1798 pour s’installer en Isère à Cessieu comme cordonnier à l’age de 23 ans. Je me demande quelle était sa nationalité à son arrivée , sachant qu’il venait d’une république soeur ?

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  • La Révolution Française et ses étrangers 3 octobre 2012 11:01, par JCB

    Il y a de quoi être hautement impressionné par une telle somme de travail et de recherche. J’applaudis des deux mains mais n’en attendais pas moins d’un Homme aussi cultivé et passionné de généalogie. Avec mon admiration. J-C

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  • La Révolution Française et ses étrangers 5 octobre 2012 23:04, par guillemote

    Merci pour cette narration passionnante de la petite histoire.On comprend mieux la générosité de la France d’aujourd’hui héritée de la révolution qui s’attachait a appliquer sincèrement et avec utopie les trois devises de la nouvelle république.

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  • La Révolution Française et ses étrangers 7 octobre 2012 22:18, par salentey jean-paul

    Bonjour,
    Très impressionnés par votre documentation et d’autant plus interressés que c’est justement le cas de notre ancètre.
    Nous avons retrouvé aux archives d’Evreux son acte de mariage à la date du 13/06/1794 où il est inscrit:Joseph Sallontay,agé de 21 ans natif de Carolle en Hongrie,demeurant en cette commune rue aux bouchers,déserteur des armées ennemis,fils de feu joseph Sallontay tanneur et de marie Taskast deumeurant à Carolle en Hongrie .....lequel se dit agé de 21 ans ne pouvant justifié de son extrait de baptème vu qu’il est étranger. Signé de sa main :Josep SAllontaj ;à la naissance de sa fille le 21/03/1795 il est encore noté:Hongrois de nation,tanneur de profession et cette fois signé de sa main:Josep Salantej
    Le nom Hongrois est vraissemblabement :Szalontai ou Szalantay qui existe toujours en Hongrie.
    Nous pensons que notre ancètre est arrivé en France aux batailles que vous citez ;avez vous des renseignements concernant les déserteurs envoyés dans l’Eure ?Quelle piste me conseillerz vous ?

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  • La Révolution Française et ses étrangers 13 octobre 2012 13:16, par Bernard Clouchoux

    Merci pour cet article remarquable qui m’ouvre des perspectives.
    Je me pose la question suivante : mon ancêtre Vassile pourrait-il être lui aussi un déserteur ? Il apparaît pour la première fois à Thieffrans (Haute-Saône) lors de son mariage. Il est dit natif de Kosmache, dans la starostie de Stanislavov en Pologne (en fait Kosmacz, en Ukraine aujourd’hui). Il n’est fait aucune mention de son statut de déserteur dans l’acte, où il est nommé phonétiquement Vassile Cloux de Choux Choux (probablement KLUCZUK) et qualifié de citoyen.
    Les armée autrichiennes ont-elles recruté jusque là ?

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    • La Révolution Française et ses étrangers 14 octobre 2012 09:04, par Henri-Claude Martinet

      Bonjour,

      Déserteur est celui qui a déserté en 1792, 1793, ensuite ?

      Dans les troupes autrichiennes, on trouve les différentes nationalités, russe comprise.Les Polonais étaient nombreux.
      Je pense que sont considérés comme combattants autrichiens tous ceux qui étaient à leur côté.

      H-Cl. Martinet

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  • La Révolution Française et ses étrangers 16 novembre 2012 10:38, par Joce Forest

    Bonjour,
    Article très intéressant.
    Je cherche à comprendre l’arrivée d’un ancêtre italien dans la Nièvre et il se pourrait bien qu’il fasse partie de ces déserteurs étrangers.
    Auriez vous la gentillesse de me préciser dans quel fonds d’archives vous avez obtenu cette liste de déserteurs et leur répartition par commune que vous reproduisez ici ?
    Je serais intéressée de retrouver l’équivalent pour la Nièvre (secteur de St Saulge).
    Meilleures salutations généalogiques.
    J.Forest

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    • La Révolution Française et ses étrangers 18 novembre 2012 13:34, par Henri-Claude Martinet

      Bonjour,
      En réponse à votre question :
      Toutes les informations proviennent de la Série L des Archives (pour moi Aube et Marne), donc dépendantes des dépôts des communes (parfois tout a été détruit par le feu ou .....), mais tout consulter, sans de fixer sur une commune.
      Pour votre ançêtre italien
      A partir de mes documents : 2 possibilités :
      si au début de la Révolution : il peut provenir (déserteur ou prisonnier)de l’Armée du Rhin ( leur lieu de rassemblement : Belfort). Alors combattant des armées austro-hongroises.
      ou après, de l’Armée d’Italie (lieu de rassemblement : Digne)
      Cordialement
      H-Cl. Martinet

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  • La Révolution Française et ses étrangers 9 février 2013 07:25, par Retif

    Monsieur,

    Grand merci pour ce travail impressionnant.
    J’imagine mon ancêtre faisant ce même parcours.

    Il s’est marié à Autigny le Petit (52) , vraisemblablement bien accueilli dans une grande famille de vignerons , qui tenait la mairie, et, dans laquelle il trouva son épouse, en1799. Il décéda en 1807 dans le même village.

    L’acte de mariage mentionnait que jean Gaye était déserteur étranger , et qu’il était né à Ladendorf en Basse Autriche en 1768 ; le nom des parent étant indiqué.

    J’ai entrepris des recherches généalogiques ,en Autriche , avec peu de succès, pour l’instant.
    Je questionnerai les AD52 pour préparer une éventuelle visite.

    J’ai bien noté vos conseils pour les recherches ; mais peut-être avez-vous un éclairage particulier sur la Haute-Marne.
    Bien cordialement

    Michel

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  • La Révolution Française et ses étrangers 21 mai 2013 16:05, par deniau

    bonjour
    L’ancetre de ma femme , s’est marié en France , à Ville en Tardenois , Marne en 1800
    son nom ...francisé est Joseph Ardinat , né vers 1875 ,disant venir de Bohème près de Prague ( certainement HRDINA en tchèque)
    A son mariage , acte de notoriété rédigé en présence des juges de paix du canton ............malheureusement introuvable
    résidant en France depuis environ 6 ans
    Comment pouvoir trouver des informations sur cet homme , d’où venait-il réellement , était-il militaire ? , prisonnier , déserteur ? etc... par où est-il entré en France etc.
    Merci pour votre aide

    Répondre à ce message

  • La Révolution Française et ses étrangers 15 septembre 2013 23:52, par Marie-Noëlle Snider-G.

    Vous écrivez plus haut : Deux mois plus tard, le 22 Messidor An 2 (10 juillet 1794), la Convention Nationale fut, à nouveau, contrainte d’intervenir en publiant un nouvel arrêté concernant les « Prisonniers de guerre et déserteurs ennemis »
    Si l’on comprend très bien qui sont les déserteurs il est difficile de cerner le profil et surtout le « statut du prisonnier de guerre », pouvez-vous m’éclairer ? Peut-on dire que la Révolution a créé le statut de prisonnier de guerre ?
    Les maisons de sûreté dans lesquelles ils étaient mis en état d’arrestation étaient-elles des prisons ou des dépôts où ils étaient surveillés plus rigoureusement ?
    Merci d’avance pour votre réponse.
    Cordialement, MN Snider-G.

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