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Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714


jeudi 29 mars 2012, par Thierry Sabot

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Voici un texte extraordinaire dont l’intérêt généalogique est évident. On imagine l’impact de ce genre de pratique, parfois publique, et l’emprise de ce curé exorciste sur une population crédule. Enfin, on sourit devant l’inventaire des êtres démoniaques.

Le 1er jour de l’année 1714, Jeanne Berniset, femme de Claude Robbé, caronnier à Vescour, a été exorcisée par moy, Albert Moulonducoin, curé dud[it] Vescour, en l’église dud[it] lieu, en p[rése]nce dudit Claude Robbé, espoux de lad[it]e Jeanne sa femme, reconnue véritablement possédée et obsédée par des démons. Ledit curé soub[sig]né, après avoir imploré le secour du seigneur Dieu tout-puissant, a fait plus[ieu]rs interrogations aux démons qui étoient dans le corps de la créature. Ils dirent aud[it] s[ieu]r curé soub[sig]né leurs noms et leur nombre qui étoit dans lad[it]e créature, sçavoir : Pilate, le dragon, le Chien, Caïon, Judas, Lucifert, Antéchrist, Trite-Poulin, Cariale, Barabam, Coridon, Chevau, Chatpierre, le Poulet, Le Serpent, l’Enragé. Lesquels ont étés contraints de sortir du corps de lad[it]e créature par les exorcismes et conjurations fortes que leur fit led[it] curée soub[sig]née, en p[rése]nce encore de Denis Goyet, marguillier. Ils sortirent par une petite vittre rompue à côté de l’autel de la petite porte, avec défenses que je leur fis, de la part de Dieu, de ne jamais rentrer ny obséder le corps de lad[it]e créature. Lesd[it]s témoins ci-dessus n’ont sceus signer, illetrés. Signé Moulonducoin, curé Jnd [jurandus] [1].

Vescours - Moulonducoin, curé de la paroisse - AD - BMS 1712-1714 - Vues 7 et 8/11.

Lire l’avis des premiers lecteurs

Cet ouvrage, étude inédite, se propose de vous faire découvrir quelques-unes de ces mentions insolites et de vous en montrer la richesse historique et généalogique. Il répond à bien des questions au sujet de ces textes insolites qui parsèment les registres paroissiaux : Pourquoi certains curés notent des mentions insolites ? Que nous apprennent-elles sur la vie quotidienne de nos ancêtres ? Comment repérer, déchiffrer, transcrire et commenter ces témoignages du passé ? Comment les utiliser pour compléter notre généalogie et l’histoire de notre famille ou de notre village ?

Il s’agit du premier numéro de Théma, la nouvelle collection d’histoire et de généalogie.

Notes

[1Jnd signifie jurant de jurandus, c’est à dire, juré, la jurande étant une élection entre pairs d’une même confrérie pour exercer une mission représentative (dans notre cas particulier curé ayant prêté un serment spécifique et ayant le droit d’exorciser (tous ne l’avaient, ne l’ont, pas). Voir le message d’Isabelle Bruller dans le forum ci-dessous.

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34 Messages

  • Si le sujet vous passionne, vous adorerez la rubrique « les insolites de l’état civil » sur le site des archives départementales du Pas-de-Calais : http://www.archivespasdecalais.fr/C...

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  • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 31 mars 2012 06:12, par glejeune1

    Bel exemple de l’emprise des curés sur les anciens, on pouvait leur faire croire n’importe quoi
    Je suis surpris par le nom de ce curé et je voudrais bien en connaître la signification, il ne doit pas être courant ?

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    • « Bel exemple de l’emprise des curés sur les anciens, on pouvait leur faire croire n’importe quoi »
      Les temps n’ont guère changés : qu’elles mouches n’avalons nous pas ?. Croire que nos ancêtres n’étaient que des gogos qui avalaient n’importe quelle couleuvre est leur faire injure : ils avaient au moins autant de jugeote que nous !

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      • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 31 mars 2012 14:28, par LEJEUNE Gérard

        Je n’ai jamais dit que nos ancêtres étaient des gogos, je les respecte trop pour cela sinon je n’aurais pas entrepris une généalogie aussi prenante, même avec l’aide de Généanet.

        PS : je signe mes messages, faites en autant

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  • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 31 mars 2012 07:10, par cecile rouard

    étonnant en effet ! Quel était le premier jour de l’année 1714 ?Etait-ce déjà le 1er janvier ? Tout est particulier , du nom des démons à celui du curé exorciste ...

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  • Cela ressemble à un 1er avril et pourtant nous ne sommes que le 31 mars. En Revanche l’année 1714 a du exceptionnellement commencer en Avril.
    Alors comme ça, aucun de ces démons ne savaient signer ? Étaient-ils vraiment illettrés ou bien ont-ils osé mentir à Supercuré ?

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  • Pourquoi tant d’étonnements ? Certains prêtres sont encore exorcistes aujourd’hui et pratiquent quand on le leur demande.
    Jacques

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    • En effet, pourquoi s’étonner ainsi et se poser tant de questions ? Les exorcismes sont toujours pratiqués de nos jours (et pas de psychothérapeutes au 18e siècle...), le texte rédigé par le curé de Vescours est très clair, les témoins qui ne savaient pas signer sont le mari de la « possédée » et le marguillier de la paroisse ... et l’année 1714 a bien commencé le 1er janvier.

      Quant-au curé, il signait tout simplement de son nom : Amoulonducoin. Ce prêtre ( « albert Moulon Ducoing ») avait été nommé curé de Vescours par le chapitre de St.Vincent de Mâcon et avait pris possession de cette cure le 5 septembre 1713 (voir BMS 1712-1714, vue 8/11).
      Dominique

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      • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 31 mars 2012 12:00, par Diane Clavareau

        Voilà qui remet les choses en place. Et à propos de gogos, il y a aujourd’hui tant de sectes, tant de diseur(se)s de bonne aventure, de « sorciers » consultés et qui mettent ouvertement leurs publicités dans les journaux. Si on les trouve là, c’est qu’il y a de la demande. Et si on ne croit plus au curé - nous devenons sans foi ni loi - on croit à mille et une loufoqueries pour compenser. Rien de neuf sous le soleil.:-/

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  • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 31 mars 2012 11:55, par evelyne12

    j’aimerais savoir si cet exorcisme a fonctionné et si la femme est redevenue « normale » après cela.
    Et aussi, pourquoi signer : curé in(digne) ?
    Evelyne12

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    • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 31 mars 2012 16:18, par genevtabouis

      Bonjour,
      Claude Robé avait épousé la Jeanne Bernizet le 26 novembre 1707 à Vescours

      Pour les démons, je lis plutôt TRISTE Poulin et CAVALE... je note que BARABAM est le nom donné au Ramadan dans le Sud, mais que Satan lui même ne s’est pas déplacé, n’envoyant que des sous-fifres !
      Après le chien, CAÏON représente sans doute le cochon, son nom en franco-provençal.

      Judas et Pilate sont les personnages du NT, définitivement classés. Lucifer et Antéchrist sont aussi issus de la Bible. par contre, la quirielle d’animaux malins peut sortir de traditions populaires que je ne situe pas... (Triste poulin, Chatpierre)

      Dragon et serpent sont des classiques de l’image démoniaque. Par contre chien, cochon, poulet sont des bestiaux plutôt familiers ! Cavale (=jument), Poul(a)in, Chevau sont aussi des équidés familiers : on est loin des « anges déchus » et plus proche des concepts de réincarnation.
      Chatpierre (oeuil de chat ?) et cori(n)don font penser à des minéraux, des pierres précieuses...

      Bref, ce curé exorciste me semble faire un beau salmigondis de sa théologie.

      Pour la signature (Curé JND) ce ne peut être l’abréviation d’INDIGNE ! mais plus probablement « JURANDO » qui reflète la prestation de serment que ledit curé a dû faire pour être exorciste !
      Daniel

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      • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 2 avril 2012 00:51, par rené du var

        dans ce type de « possession », c’est le « possédé » qui exprime le nom de ceux qui le possèdent (ou ce sont les « démons » qui donnent leur nom en utilisant la voix du ou de la possédée...)Ici, le curé a écrit ce qu’il a cru comprendre de ce que marmonnait ou criait le femme. Donc pas étonnant de retrouver des noms en langue locale et des animaux familiers...

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  • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 31 mars 2012 13:15, par Anne

    Il est facile de se gausser de la crédulité attribuée sans vergogne à nos ancêtres. Oui la fonction d’exorciste existe toujours car elle est indispensable dans certains cas précis.

    Ci-joint une histoire de ce genre arrivée au siècle passé à un prêtre copain de séminaire d’un cousin par alliance.

    Le prêtre, missionnaire au fin fond de l’Asie, est un jour envoyé pour un exorcisme dans un village reculé. Il ne croit pas vraiment au diable (influencé par la mentalité actuelle en pays « civilisé »),mais il y va car son évêque l’envoie. Arrivé en vue du village, une fillette se détache d’un groupe d’enfants qui jouent, se précipité sur lui en hurlant, le frappant et l’injuriant...en patois de Comines, sa ville natale, une petite ville frontalière sur les deux rives de la Lys (France et Belgique).Ca donne en résumé (je traduis en édulcorant) : qu’est-ce que tu viens f..ici, espèce d’e..(censuré) retourne chez toi, sale bonhomme (suit la liste des péchés !!) tu n’y arriveras pas, je suis le plus fort, etc etc.
    Douché et instantanément convaincu, le missionnaire procède à l’exorcisme qui ne fut pas une partie de plaisir, en partant le démon lui dit : « t’m’as eu, mais j’t’aura ». Rentré en Belgique le missionnaire disait au cousin que cette menace lui empoisonnait quotidiennement la vie.

    Le parler de langues inconnues de la personne possédée, comme la connaissance de faits d’elle inconnus, font partie des nombreux critères examinés pour évaluer l’éventualité d’une possession.

    Mieux vaut, également par respect pour nos ancêtres -paysans avisés à qui on ne la fait pas- ne pas rire à bon compte et sans raison de leur supposée crédulité religieuse.

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    • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 1er avril 2012 09:10, par Dominique Lemaire

      Merci pour ce témoignage très intéressant et pour cette mise au point à propos de la prétendue crédulité de nos ancêtres. Certains lecteurs ont peut-être été influencés par le commentaire, quelque peu sévère, de Thierry Sabot lui-même : il parle de « l’emprise de ce curé exorciste sur une population crédule ». Ce prêtre exorciste de Vescours (« curé jnd »), qui n’avait rien d’indigne, n’a fait que remplir sa mission en venant en aide à l’une de ses paroissiennes atteinte de troubles dont nous ne sommes pas en mesure d’expliquer la nature exacte. Il n’y a pas là matière à sourire, mais plutôt matière à réflexion.
      Dominique

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  • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 31 mars 2012 15:30, par avtitou

    Les témoins qui ne savent pas signer sont l’époux de la possédée et le marguillier

    le marguillier n’est pas un témoin, mais la profession de l’époux (témoin cité)

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  • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 31 mars 2012 15:36, par avtitou

    Le marguillier (du latin matricularis, « qui tient un registre ») avait, dans chaque paroisse, la charge du registre des personnes qui recevaient les aumônes de l’Église. Il servait d’aide au sacristain, nommait et révoquait les chantres, les bedeaux... Ce n’est pas une profession mais une charge.

    réf : Wikipédia

    Répondre à ce message

  • Lorsque je suis les actualités télévisées (le plus rarement possible), je me dis que notre époque manque cruellement d’exorcistes. Personnellement, je ne me moquerai jamais de nos ancêtres, de leurs croyances et de leurs pratiques. Et je pense que la société paysanne française du début du XVIIIe siècle était plus solidaire (pour reprendre un mot à la mode) que la société décadente (française ?) du début du XXIe.
    Gloire à nos ancêtres et bravo à ce curé qui a fait son boulot.

    Répondre à ce message

  • Amical bonjour à tous,

    C’est étonnant de lire ces réactions qui sont pertinentes pour certaines et presque « bizarres » pour d’autres !?

    Je trouve cet article passionnant,tant par les intérêts historiques,que par la « façon » de rapporter le quotidien qu’avaient les curés de ces époques !(Merci,Monsieur Thierry !)

    Quand aux « démons » s’ils s’en vont par une vitre « rompue » ????
    laissons les faire !

    Cordialement,AB.

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  • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 31 mars 2012 21:02, par francois

    Merci, Chère Anne, pour ce témoignage contemporain.. parfaitement clair : lorsqu’une personne possédée, au fin fond de l’asie est capable de parler en patois regionale francais et de lui citer ses péchés.. c’est qu’il y a bien une force supérieure en presenc !

    nos grands esprits contemporains se croient modernes en ne croyant ni à Dieu ni à diable : on en voit bien les fruits : notre société se meurt dans des convulsions effroyables.. et ce n’est que le début !

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    • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 1er avril 2012 11:28, par Ti-Grolasson


      François, vous avez sûrement raison ... mais l’athée que je suis n’a pas tort de sourire à ces lectures : nous évoluons, DIEU merci, à la Vitesse Grand V ... et si nous restions plongés dans l’obscurantisme des siècles passés, que deviendrions-nous ? ----->> UNE BANDE d’aliénés dont les Etats Modernes ne sauraient plus quoi faire !
      On voir déjà bien assez de tristesses dans le MONDE sans y ajouter les racontars de CEUX qui ont un DIEU pour père (quel que soit ce dieu !) ... racontars juste destinés à Inféoder les autres, trop crédules !
      Restons-en chacun à nos non-croyances ou nos doutes et considérons seulement que ce qu’étaient nos ancêtres était RESPECTABLE dans la mesure où ils n’avaient pas AUTRE CHOSE (à se mettre sous la dent ? !!!)
      Amitiés sincères
      Simone Lacroix-Milhé

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  • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 1er avril 2012 11:19, par Ti-Grolasson


    En voilà un message extraordinaire ! ... qui appelle de non-moins extraordinaires commentaires ... !
    Si je vous disais que lorsque j’étais Bébé (!!! il n’y a jamais que 75 ans !)on me mettait entre les gencives une image SAINTE aussi dorée qu’enluminée afin que je la mâchouille pour que les dents poussent droites et que l’ENFANT n’en souffre pas !!!!
    Mais non, ce n’est pas drôle : ça rassurait les Mamans (les psys étaient rarissimes à la campagne !)ou les nourrices et ces images étaient distribuées (moyennant finances !) par les bonnes vieilles filles de la commune, entièrement dévouées à leur Dieu et ses représentants !!! et comme c’étaient de Jeunes Vieilles Filles de BONNE FAMILLE (avec pignons sur rue !)qui venaient prendre SOIN du Bébé, tout le monde était ravi de leur passage et J’AI DÛ sacrément grignoter leur IMAGE ... au vu des marques de quenottes qui restent incrustées dedans !
    Allez, allez, ne rions pas : c’étaient les Nôôôôtres !
    Simone

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  • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 2 avril 2012 01:21, par Hélène Leboeuf

    GRAND MERCI, Monsieur Thierry Sabot pour avoir publié ce texte.

    Il était vraiment très intéressant.

    ET GRAND MERCI POUR LA PUBLICATION DE LA GAZETTE.

    AU PLAISIR DE VOUS LIRE.

    Hélène LEBOEUF
    Trois-Rivières, Québec

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  • Un curieux exorcisme à Vescours (01) en 1714 2 avril 2012 13:48, par Isabelle Bruller

    Jnd signifie jurant de jurandus, c’est à dire, juré, la jurande étant une élection entre pairs d’une même confrérie pour exercer une mission représentative (dans notre cas particulier curé ayant prêté un serment spécifique et ayant le droit d’exorciser (tous ne l’avaient, ne l’ont, pas). Pour un prêtre, l’exorcisme est loin d’être de tout repos et s’apparente à une psychanalyse assez dangereuse (imaginez un prêtre armé de sa seule croix et de son encensoir essayant de maîtriser une crise de schizophrénie ? Ces prêtres étaient très utiles dans le cas de maladies mentales liées à la dépression et maniacodépression par exemple. Leur foi et leur force de conviction étaient souvent utiles, car beaucoup de ces patients sont très sensibles à la suggestion et aux rituels. La folie était interprétée comme une possession démoniaque depuis fort longtemps (Cf. Marie-Madeleine, que le christ aurait exorcisée de démons : en réalité, dans ce cas particulier, beaucoup de femmes de Magdala, ville portuaire et ville de garnison, simulaient la folie pour échapper à leur position d’esclaves du sexe (les prostituées étaient esclaves, souvent vendues par leurs parents).
    Ici nous sommes en présence de paysans illettrés (chose courante jusqu’au début du XXe siècle) mais pas du tout stupides, qui font appel au spécialiste des maladies mentales. Rien de ridicule ! Voici une paysanne qui délire (fait elle une dépression, refuse-t-elle d’être la bête de somme de son mari, est-elle réellement très malade ? Le statut des femmes à cette époque et dans le monde populaire était très peu enviable il faut le rappeler ! ), son mari veut lui remettre les idées en place, il prend rendez-vous avec le prêtre exorciste.
    La femme, placée dans cette situation angoissante et humiliante, fait une crise de nerfs, ou une crise plus grave, et débite toutes les INJURES qu’elle peut au curé.
    Elle hurle ce qui lui passe par la tête dans le langage et avec la culture qui sont les siens : nom des animaux de ferme, dont elle accable sans doute les hommes présents, noms de démons qu’elle connaît par le rituel de la messe, l’éducation religieuse, les représentations de mystères et autres spectacles à vocation pédagogiques joués sur les parvis des églises...
    Rien de bizarre dans son discours, que sommes nous capables de dire nous-mêmes lorsque nous sommes frustrés ou en colère ? J’ai entendu une fois à l’école de Louvre, deux vieilles dames très chic se disputant une place se traiter de « vieux chameau / sale toupie / autruche acariâtre », très ressemblant non ?
    Donc, le curé, dans une séance de psychothérapie assez violente qui plaçait le patient en état de suggestion (un peu comme une auto-hypnose, très pratiquée et jugée efficace dans l’évacuation des stress de nos jours) lui permettait d’évacuer ses griefs, sa colère, sa frustration (et c’est bien cela que représentent ces démons qui s’échappent par le fenêtre). En ce qui concerne les noms des démons, le curé ne fait que transcrire ce que la femme a hurlé en supposant qu’elle répondait à ses questions.
    Avoir évacué leur rancoeur permettait souvent aux personnes les moins atteintes de s’en sortir. Parfois, la séance était recommencée et au bout du compte, le patient guérissait.
    Ceux qui ne guérissaient pas étaient emprisonnés dans des lieux terribles, culs de basses fosses, où ils mouraient de désespoir, de peur, de solitude et de manque d’hygiène. Donc, l’action de ces prêtres était très humaine et très utile (basée sur le pardon possible de Dieu et de la société, elle permettait au patient « délivré » et donc jugé innocent, de se réinsérer dans la société, faisons nous mieux de nos jours avec les malades mentaux ?)
    Enfin, tous les prêtres n’étaient pas habilités à l’exorcisme, ceux-ci étaient itinérants et on les attendaient souvent plusieurs jours, parfois, certains n’avaient pas de paroisse et officiaient depuis l’évêché où ils étaient employés. Donc, je vois mal comment ces prêtres-ci auraient eu une emprise sur une population précise.
    Je suis personnellement athée mais, étant historienne, j’observe avec respect et intérêt les pratiques et croyances anciennes, qui avaient de très grandes vertus en terme de santé sociale, d’ordre public, d’aide aux plus démunis... Bien entendu, il y avait le mauvais côté du système, les abus, le pouvoir autoritaire, mais la plupart du temps, le prêtre était un membre parfaitement intégré au tissus social, souvent plus pauvre que certaines de ses ouailles d’ailleurs. Il y avait de bons et de mauvais prêtres comme dans toutes les catégories socioculturelles, mais la tyrannie et le pouvoir appartenait à la noblesse et donc, au haut clergé, qui provenait lui aussi de la haute noblesse !
    Il ne faut pas analyser les actes anciens avec des critères et un regard moderne mais se placer dans le contexte de l’époque. Le curé, au XVIIe siècle, vient généralement des mêmes milieux que ses fidèles : parfois fils puîné de paysans, d’artisans ou de petits nobles, il est envoyé dans les villages de campagne ; issus de milieux plus policés (le tiers-état en général, c’est-à-dire la bourgeoisie censitaire, celle qui paie le cens) ils deviennent chapelains ou obtiennent des paroisses en ville ; provenant de la haute noblesse ou de la haute bourgeoisie, ils restent peu de temps curés de paroisse, leur argent et leurs relations leur acquièrent très vite un évêché ou un poste haut placé comme confesseurs à la cour, par exemple. Il faut dire aussi que le talent permettait aussi d’accéder à ces hautes fonctions (Cf. Bossuet)
    Notre brave curé n’appartient aucunement à ces catégories de privilégiés mais plutôt à ce monde rural ou la magie et les sortilèges jouent un rôle si fréquent !

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