Bonjour, Je vous fais suivre la transcription du Livre « les revenants » qui relate la façon dont a été fait prisonnier un sergent du 236e RI au Labyrinthe fin juin 1915.Je suppose que votre grand-père a connu ces évènements.Si vous avez aussi des informations merci de me les faire suivre.
Livre :Les revenants page 63 et 64 Auteur Lieutenant Colonel Reboul -Editions Les étincelles 1930
"Dans les derniers jours de juin 1915, le sergent Morcheoine, du 236e Régiment occupe, avec son régiment, le labyrinthe au nord d’Arras. Sur ce point de terre, la lutte est âpre, violente, obstinée. Allemands et Français, à quelques mètres les uns des autres, se guettent prêts à profiter de la première défaillance. Leurs tranchées sont informes, trous d’obus reliés hâtivement par une rigole, sapes démolies par le canon ou par la torpille.
La compagnie de Morcheoine, la 24’-, qui occupe un saillant, est plus particulièrement éprouvée. Depuis huit jours, elle est soumise à un bombardement incessant : le 17 juin. celui-ci augmente encore de violence Certainement l’ ennemi prépare un coup de main ou une attaque. A 21 h, les rafales d’artillerie se précipitent. Brusquement, une cinquantaine d’Allemands, sous le couvert de cette préparation, se jettent sur un des petits postes de la Compagnie. mettent hors de combat tous ses défenseurs et s’y installent. Voulant profiter de ce premier succès, ils avancent le long boyau qui relie le petit poste à notre première ligne. A coups de grenades, ils essayent de refouler les nôtres. La défense s’organise de notre côté : dans le boyau même, nous élevons un barrage en sacs à terre. La lutte se localise autour de ce point. Les grenades volent des deux côtés.
Pour triompher de notre résistance, les Allemands amènent une mitrailleuse qui prend d’enfilade notre tranchée et y rend tout mouvement impossible ; nos soldats, pour ne pas être atteints, doivent se plaquer contre les parois du parapet, s’incruster dans les alvéoles qu’ils ont creusées dans la journée. Pas une sape pour s’abriter momentanément. Leur situation devient intenable. Leur réserve de grenades s’épuise. Il ne faut pas penser se ravitailler tant l’artillerie ennemie bat sans arrêt les arrières de notre première ligne.
Ils devaient être relevés, leur avait-on dit, vers 21 heures. Avec quelle impatience ils attendent leurs remplaçants A 22 heures, ils apprennent que cette bienheureuse relève n’aura pas lieu ; les troupes qui devaient l’effectuer, manquant de guides, se sont égarées dans le labyrinthe. Au même instant, les fusées éclairantes font défaut. La nuit est compacte : on ne voit pas à deux mètres. Nos mitrailleuses. à 800 mètres en arrière ne tirent plus que de loin en loin quelques bandes au hasard. Le feu s’éteint de notre côté. Des deux sections de la 24e Compagnie, qui occupent la première ligne, treize hommes seulement sont encore debout ; Ils n’ont plus pour se défendre que leur fusil et quelques rares cartouches. A un signal. la fusillade cesse du côté ennemi. Des Allemands bondissent en même temps sur le parapet dominant les nôtres avant que ceux-ci aient eu le temps de s’en rendre compte. D’autres, franchissant la barricade de sacs, se précipitent dans le boyau. Plus de 30 grenades s’abattent dans notre tranchée, blessant tous ceux qui s’y trouvent. La lutte est par trop inégale ; elle est sans issue. Les nôtres doivent se rendre.
Une heure plus tard. alors que notre propre artillerie prévenue tardivement, exécute son barrage en avant de notre première ligne et sur notre première ligne, on les force è se replier sur les tranchées allemandes pour être dirigés sur Vitry-en-Artois. Là, on forme en détachement une quarantaine de sous-officiers et de soldats appartenant tous à la 53e division auxquels le sort a été contraire. Un train les conduit à Douai, puis à Aix-ia Chapelle. Dans cette gare, on les groupe avec d’autres prisonniers provenant de l’attaque du 16 juin pour les diriger sur le camp n° 2 de Munster : ils y parviennent le 21. On les enferme dans une baraque, d’où on ne les laisse sortir sous aucun prétexte. li ne faut pas qu’ils voient leurs camarades anciens prisonniers. Ceux-ci pourraient leur indiquer les moyens d’éluder les questions qui leur seront posées lors de leur interrogatoire. Il ne faut pas, non plus, qu’ils leur donnent à leur tour des renseignements sur a situation sur notre front, Pendant cette détention, ou les soumet à un régime alimentaire déprimant. Matin et soir, ils ne reçoivent qu’une bouillie grisâtre, faite d’une farine très dense qui se dépose au fond des récipients et qui, à la bouche, donne l’impression d’un sable fin, croquant sous les dents. régime d’autant plus terrible qu’ ! est imposé à des malheureux qui, depuis plus d’une semaine, tenaient la tranchée où par suite du bombardement, le ravitaillement était plutôt précaire Tous nos prisonniers souffrent, de la faim.
Références :LES REVENANTS par le Lieutenant Colonel REBOUL édition Les Etincelles -1930-